Dans
la plupart des communes littorales bretonnes, le rythme du tourisme
joue un rôle majeur dans l’organisation et le fonctionnement
des territoires. A Belle-Île-en-mer, la plus fréquentée
des îles du Ponant, avec en moyenne 400 000 débarquements
touristiques par an, le rythme saisonnier du tourisme s’impose
inéluctablement dans le fonctionnement du territoire insulaire.
Cette photographie prise au mois de décembre 2008, à
la périphérie du hameau de Donnant, situé à
l’ouest de l’île (où les résidences
secondaires sont majoritaires) et dont on devine « la côte
sauvage » à l’arrière plan, est une bonne
illustration du cycle saisonnier imposé par le tourisme dans
les lieux de villégiature. |

Entrée du hameau de Donnant à Belle-Ile-en-mer ©
F. Damato, 23 décembre 2008.
Alors qu’à la même période, dans les montagnes
françaises, les stations de ski font le plein de vacanciers, on
assiste au contraire sur le littoral, à l’apparition de villages
fantômes, avec des résidences secondaires inoccupées
plusieurs mois dans l’année. Le rythme cyclique du tourisme,
étroitement lié à celui des vacances et du climat,
y est dominant et agit sur le fonctionnement du lieu, participant à
la transformation de la vie sociale, économique, culturelle, ainsi
qu’à son image au cours de l’année. Ces mêmes
villages connaissant une effervescence soudaine en période estivale,
avec l’arrivée des vacanciers (excursionnistes, séjournants).
La saisonnalité du lieu soulève de multiples questions pour
cerner avec pertinence les dynamiques temporelles qui animent l’espace
géographique étudié, ainsi que de nombreux enjeux
en termes d’aménagement du territoire1.
On reproche souvent au tourisme d’être à l’origine
d’une artificialisation du littoral sans véritable occupation
de l’espace, de dysfonctionnements territoriaux, du déclin
des activités pérennes comme l’agriculture, de l’exode
des jeunes insulaires. L’essor des résidences secondaires
aux volets clos 10 mois sur 12 en est devenu un symbole. Néanmoins,
ce reproche est-il fondé ? Que ne dirait-on si les touristes étaient
présents 12 mois sur 12 ? N’est-on pas en face d’un
système qui permet à certains de (bien ou assez bien selon
les cas) vivre toute l’année tout en n’accueillant
des touristes que trois ou quatre mois par an ? De plus, nous sommes plutôt
désormais en présence d’un rythme opposant une saison
touristique qui s’allonge à une encore longue « morte
saison », ce qui montre bien que les choses évoluent et que
l’image des résidences secondaires aux volets clos 10 mois
sur 12 ne résume plus la complexité de la situation. Ne
s’agit-il pas là d’un discours convenu qui ne prend
en compte qu’une face de la réalité ?
Appréhender le rythme du tourisme nécessite de prendre en
compte la diversité des pratiques touristiques qui participent
à modifier le fonctionnement du lieu, afin de constater les tendances
à l’œuvre sur l’île en matière de
désaisonnalisation de l’activité touristique d’une
part, et de l’occupation des résidences secondaires d’autre
part. Enfin, la prise en compte de la longue durée, celle de la
mise en tourisme de l’île, permet de préciser l’origine
de la saisonnalité du lieu et de son investissement par le tourisme.
De la saisonnalité du
lieu
A Belle-Île-en mer, le tourisme est avant tout estival. On oppose
une haute saison estivale, durant laquelle la population insulaire permanente
estimée à 5 068 habitants en 2007 peut être multipliée
par 10, à une basse saison touristique en hiver. « Pour
les Bellilois, il n’y a seulement que deux saisons ! La «
saison estivale » et la « morte saison »… Et elle
est courte cette période touristique : quatre mois - de juin à
septembre - pour essayer de remplir les tiroirs caisse ! »2.
C’est en été que la fréquentation de l’île
est maximale puisque 40 % des débarquements touristiques sont enregistrés
durant les mois de juillet et août et 80 % entre avril et septembre.
Les comptages effectués3
sur la période 1998-2007, par la Société Morbihannaise
de Navigation en charge de la desserte de l’île jusqu’en
2007, permettent de préciser l’évolution sur près
de dix ans de la répartition des débarquements dans l’année.
La fréquentation touristique annuelle présente des fluctuations,
même si elle se maintient en moyenne autour de 400 000 débarquements
touristiques (figure 1). La chute la plus significative en 2000 est liée
à la catastrophe pétrolière de l’Erika, tandis
que l’année 2005 constitue avec 1999 une année record
de fréquentation avec plus de 450 000 débarquements enregistrés.
L’analyse de l’évolution de la fréquentation
saisonnière permet de constater les tendances à l’œuvre
en matière de « désaisonnalisation » de l’activité
touristique (Cazes, 1992). On assiste à un étalement de
la haute saison touristique avec un démarage plus précoce,
dès le mois d’avril, et une fin plus tardive en septembre-octobre,
période où l’on observe une augmentation sensible
de la fréquentation, en particulier des randonneurs. Par ailleurs,
le mois de juillet connaît une baisse de fréquentation au
profit du mois de mai (longs week-ends de printemps). C’est la période
octobre-mars (dite basse saison) qui a connu une nette augmentation de
la fréquentation touristique, en particulier durant les vacances
de Noël et de fin d’année.

Figure 1 - Évolution de la fréquentation
annuelle et saisonnière depuis 1998.
Source : SMN, Office du Tourisme, 2007. F. Damato.
L’élaboration
du Schéma de Développement de l’Economie Touristique
en 2002 et l’enquête clientèle menée en 2008
par l’Office du tourisme de Belle-Ile-en-mer, permettent de préciser
le rôle des différents touristiques dans l’évolution
de la fréquentation insulaire. La clientèle est composée
de séjournants et d’excursionnistes. Ces derniers qui visitent
l’île à la journée se concentrent essentiellement
sur les deux mois d’été (80 % en juillet-août).
Les séjournants qui logent dans les hébergements
marchands et les résidences secondaires viennent pour des courts
ou longs séjours. Parmis eux, les résidents secondaires
se décomposent en deux groupes : Les propriétaires actifs
de CSP (catégories socioprofessionnelles) plutôt élevée
(professions libérales et intellectuelles, cadres, journalistes)
et des retraités de CSP moyenne à élevée.
Les premiers disposant d’une maison sur l’île y viennent
forcément plus souvent, c’est à dire lors des longs
week-end, pendant les vacances scolaires (Noël et Pâques tout
particulièrement) et participent à la désaisonnalisation
de l’activité touristique. Quand aux retraités, leur
durée de présence sur l’île y est plus conséquente,
souvent plus de 6 mois dans l’année, à tel point qu’il
devient difficile de différencier en termes de présence,
certains résidents secondaires et les bellilois qui n’habitent
pas sur l’île toute l’année (Reymond, 2002).
Dès lors, pourquoi continuer à les considérer comme
des « résidents secondaires » ? Au vu des pratiques,
le chercheur ne doit-il pas, à un certain moment, remettre en cause
les catégories établies comme les idées reçues
? Qu’est-ce qu’un Bellilois ? Faut-il prouver quatre ascendants
nés dans l’île ? La mobilité accrue de l’ensemble
des populations insulaires et continentaux fidèles, dont on sait
de moins en moins si elles sont permanentes ou temporaires, fait que la
société insulaire est aujourd’hui largement recomposée
(Péron, 2005).
Le temps long de la mise en tourisme
de l’île
A Belle-Île-en-mer, l’activité touristique
est totalement acceptée par les insulaires et la question du «
tout-tourisme » est aujourd’hui dépassée,
même si l’encombrement en été peut en agacer
plus d’un, tout comme les touristes, aussi…, d’autant
que, eux, ils vivent généralement cela en vacances comme
au quotidien. Cela s’explique tout d’abord par l’ancienneté
de l’activité touristique et la prise de conscience précoce
du rôle majeur que pouvait jouer le tourisme dans l’économie
locale. La mise en tourisme de l’île débute dès
le milieu du XIXe siècle, avec la pratique des bains de mer et
l’ouverture d’une liaison régulière par bateau
à vapeur dès 1850. L’arrivée des voyageurs
romantiques, d’écrivains, de peintres (Claude Monet), d’artistes
(Sarah Bernhardt), dans la seconde partie du XIXe siècle, joua
par ailleurs un rôle fondateur dans la mise en tourisme et le développement
de la côte « sauvage » belliloise, participant
à façonner la réputation de l’île.
Le développement de la fréquentation excursionniste à
la fin des années 1800, s’explique par la meilleure accessibilité
de l’île, suite à l’ouverture de la ligne de
chemin de fer Auray-Quiberon, et de la liaison par vapeur Quiberon-Palais
en 1882, ainsi que par l’intérêt croissant pour les
paysages et les sites de la côte sauvage belliloise qui sont toujours,
du reste, les hauts lieux de la fréquentation touristique actuelle
(Pointe des Poulains (photo 2), Grotte de l’Apothicairerie (photo
3), Aiguilles de Port Coton (photo 4)…). La saison estivale s’imposa
dès la fin du XIXe siècle comme le temps fort de l’activité
touristique, puisque dès 1899, Belle-Île-en-Mer y accueillit
entre 200 et 300 visiteurs par jour (Salomé, 2003). Il s’agissait
alors d’un tourisme d’excursion, qui participa au développement
de l’hébergement et des premiers hôtels. Même
si il est vrai que dès 1894 Sarah Bernhardt acheta un fortin à
la Pointe des Poulains pour y établir un lieu de villégiature
estivale (Damato, 2008), le processus de résidentialisation touristique
ne s’est affirmé que dans la seconde moitié du XXe
siècle.

Photo 2 – La Pointe des Poulains
et son phare à l’extrémité nord de Belle-Île-en-mer.
Un site emblématique
qui connaît une fréquentation touristique ancienne. Érigée
en haut lieu du tourisme insulaire par les voyageurs
et les romantiques dès la fin du XIXe siècle, elle est appropriée
par la célèbre tragédienne Sarah Bernhardt en 1894,
qui y fonde un lieu de villégiature et contribue à sa renommée.
Acquis en 2000 par le Conservatoire du Littoral,
le site vient de faire l’objet d’une opération de restauration
et de valorisation (2000-2006),
qui s’est appuyée sur l’histoire du lieu à travers
la mémoire de Sarah Bernhardt. ©
F. Damato, juillet 2009.
Avec le déclin des activités traditionnelles (pêche
à la sardine tout particulièrement), qui s’amorça
à partir des années 1880, les acteurs locaux se saisirent
du tourisme comme leviers de développement, créant dès
1911, le Syndicat d’Initiative de Belle-Ile. En 1927, le canton
fut érigé en « station de tourisme ». Mais l’activité
touristique ne trouva son véritable essor qu’au tournant
des années 1960, sur un modèle démocratique et populaire
pour s’affirmer comme une activité motrice de l’économie
insulaire contemporaine. Alors qu’en 1910, le nombre de touristes
ayant visité l’île dans l’année était
estimé à 39 000, 45 000 en 1931, depuis le début
des années 1960, la fréquentation touristique a augmenté
de manière exponentielle, passant de 230 000 débarquements
passagers aller-retour en 1966, à 800 000 en moyenne par an depuis
les années 1990 (figure 2).

Figure 2 - Évolution de la fréquentation
à Belle-Île-en-Mer depuis la fin du XIXe siècle.
(sources : Ministère des Travaux publics; Police des ports de commerce,
Registres d’entrée et
de sortie des navires ; SMN-Société morbihannaise de navigation;
Damato, 2008)
Cette évolution peut être interprétée, sous l’angle de l’analyse spatiale, comme le passage progressif d’un système agro-maritime traditionnel qui a structuré l’île et son paysage depuis des siècles, à un système touristique, qui ne s’impose véritablement qu’à partir des Trente glorieuses, après un exode important de la population insulaire depuis le début des années 1900 (figure 3). Aujourd’hui, Belle-Île-en-mer est une des rares îles du Ponant à connaître un renversement de tendance, puisque depuis 1982, on assiste à une reprise de la croissance démographique (par solde migratoire positif), en lien avec la vocation touristique de l’île et l’installation de retraités, qui ont souvent acquis auparavant une résidence secondaire sur l’île4. Mais ces statistiques classiques du recensement général de la population ne permettent pas d’appréhender les mobilités touristiques et la présence sur l’île des excursionnistes, des résidents secondaires, qui participent à l’augmentation plus ou moins forte et temporaire de la société localisée.

Figure 3 - Évolution de la population à Belle-Île-en-Mer
(1886-2007)
(Sources : INSEE, RGP, 1946-2007, http://.www.cassini.ehess.fr, Damato,
2008).
L’enchevêtrement des temporalités : La résidentialisation touristique
La résidentialisation touristique qui s’est accélérée ces dix dernières années, constitue un processus majeur de l’évolution touristique de l’île, engendrant de profonds changements d’ordre spatiale, démographique et économique. Aujourd’hui, la capacité d’accueil touristique de Belle-Ile-en-mer dépasse les 21 000 lits. Les résidences secondaires représentent à elles seules 62 % de la capacité totale (source : Office du tourisme, 2007). On compte aujourd’hui sur l’île plus de 3400 résidences secondaires, ce qui représente 58 % du parc immobilier (figure 4). En l’espace d’un demi-siècle, le nombre de résidences secondaires a été multiplié par 4, tandis que celui des résidences principales par 1,5 (figure 5). Dans toutes les communes de l’île, la part des résidences secondaires n’a cessé d’augmenter depuis 50 ans, avec une succession de périodes d’accélération et de ralentissement propre à chacune des communes (figure 6). Actuellement, le rythme des constructions s’élève à une centaine de maisons par an, alors que la capacité des entreprises insulaires est seulement d’une cinquantaine, le reste étant fait par des établissements du continent (source : La gazette de Belle-Île-en-mer, décembre 2008).

Figure 4 - Part des résidences secondaires et principales à
Belle-Ile-en-mer,
par communes en 2007. (Source : INSEE, 2007, Damato, 2008).

Figure 5 - Évolution du nombre de résidences principales
et secondaires à Belle-Ile-en-mer.
(Source : INSEE, RGP, Enquêtes annuelles de recensement, F. Damato,
2008.)

Figure 6 - Évolution du nombre de résidences secondaires
par communes.
(Source : INSEE, RGP, Enquêtes annuelles de recensement, F. Damato,
2008.)
Sur les temps longs, le processus de résidentialisation a profité du déclin démographique insulaire et de la concentration de la population permanente dans la capitale insulaire (Le Palais) et les bourgs de l’île (Bangor, Sauzon, Locmaria), pour investir les hameaux de l’île en voie de dépeuplement. A Donnant par exemple, on recensait 41 habitants en 1911 et seulement 2 en 1968 (source : Société Historique de Belle-Île-en-mer, 2004). Aujourd’hui, le village compte 30 résidences secondaires pour 7 résidences principales. Alors que les principaux pôles de la fréquentation excursionniste sont localisés sur l’espace littoral, la dynamique résidentielle s’inscrit ponctuellement dans l’espace, notamment à partir des 127 villages que compte l’île, essentiellement localisés sur les glacis, entre le plateau agricole et les premières pentes des vallons (photo 5). Le rythme du tourisme résidentiel s’inscrit dans une temporalité plus longue, celle de la mise en tourisme de l’espace insulaire et de l’essor progressif d’une économie résidentielle qui s’est véritablement affirmée à partir des années 1960, mais dont les fondements remontent à la fin du XIXe siècle.

Photo 5 – Résidence secondaire
en périphérie du hameau de Anvorte, situé à
l’ouest de l’île, à proximité
du site touristique de Donnant. En contiguïté avec l’espace
agricole (ici voué au pâturage), la construction des
résidences secondaires s’accompagne d’un développement
des haies et du cloisonnement de l’espace consacré à
l’habitat.
© F. Damato, juillet 2009.
Comme nous l’avons souligné précédemment, les
résidents secondaires sont des acteurs majeurs, capables d’infléchir
la dynamique du lieu dans le temps. A l’échelle annuelle,
la mobilité touristique résidentielle participe à
accroître temporairement et durablement la population localisée
sur l’île. Le processus de résidentialisation qui s’inscrit
dans l’activité plus globale du tourisme, participe ainsi
à dynamiser l’économie insulaire. Il constitue un
levier efficace du développement local, fournissant directement
ou indirectement l’essentiel des emplois, même si il est vrai
que de nombreux petits commerces et d’emplois de services ne fonctionnent
qu’une partie de l’année. Sur la photographie et derrière
ce calme apparent, de nombreux artisans s’activent à entretenir
les propriétés (jardins, pelouses, façades de maisons)
tout au long de l’hiver, ainsi qu’à construire de nouvelles
résidences secondaires, qui devront être livrées l’été
prochain. Comme dans de nombreuses communes du littoral français,
les résidences secondaires ont un poids considérable dans
l’économie locale, permettant le maintien d’activités
permanentes notamment dans le secteur du bâtiment (30 % des actifs
de l’île, 18,3 % du nombre d’entreprises, réalisant
90 % de leur activité dans la construction et la rénovation
des résidences secondaires), et donc de la population insulaire.
L’essor de l’économie résidentielle n’a
eu par ailleurs que des impacts limités sur le paysage, les espaces
naturels et agricoles. La mise en place d’une politique de protection
environnementale dans l’île dès le début des
années 1970 a permis de limiter le mitage de l’espace insulaire
par l’urbanisation, en particulier sur le littoral mais aussi sur
le plateau agricole en privilégiant la densification des noyaux
urbains existants. Dès 1972, les espaces naturels littoraux sont
classés patrimoine national. Les premiers POS sont élaborés
en 1972 et approuvés par toutes les communes en 1979. Les premières
acquisitions du Conservatoire du littoral ont débuté au
tout début des années 1980, et l’instauration du zonage
NDs en application de la loi littoral de 1986, a exclu de nombreux terrains
constructibles à proximité du littoral.
Les temps à venir du tourisme
A Belle-Île-en-mer, le tourisme est avant tout
estival, mais comprendre comment il organise spatialement et temporellement
l’espace insulaire, ne peut se résumer à une simple
approche saisonnière. Sur le long terme, celle de la mise en tourisme
de l’île, on constate une augmentation constante de la fréquentation,
avec une accélération à partir des années
1960, et une stabilisation depuis le début des années 1990.
Cette fréquentation touristique est par ailleurs de plus en plus
étalée à l’échelle annuelle, d’où
le constat d’une certaine désaisonnalisation de l’activité
touristique. La prise en compte des acteurs du tourisme et de la durée
d’installation permet de préciser plus finement les effets
du tourisme sur le lieu étudié. La nouvelle société
de transport maritime (Compagnie Océane) a par ailleurs entrepris
très récemment un comptage systématique des passagers,
en distinguant population insulaire, résidentielle et excursionniste.
Dans le cas de Belle-Île-en-mer, les préjugés sur
les résidences secondaires peuvent être en grande partie
révisés, d’autant plus que la mise en protection précoce
de l’île parallèlement à l’essor du tourisme
dans la seconde moitié du XXe siècle, a permis de préserver
les espaces naturels et a participé au maintien des activités
agricoles (photo 6).

Photo 6 - Paysage de l’intérieur
de l’île, sur le plateau à vocation agricole. Un système
agricole associant élevage
(au premier plan : pâturage des bovins) et polyculture (second plan
: culture du maïs). A l’arrière plan le village
de Kervilahouen rendu célèbre par la venue de Claude Monnet
en 1886, et le grand phare, qui vient de faire
l’objet d’une valorisation touristique par la CCBI, avec son
ouverture régulière au public.
© F. Damato, août 2009.
Néanmoins, l’engouement dont l’île
est aujourd’hui l’objet, génère un processus
de spéculation foncière, c’est-à-dire une hausse
particulièrement soutenue depuis 2001, des terrains à bâtir
et de l’immobilier, ainsi qu’un renforcement de la division
sociale de l’espace insulaire (Buhot, 2006). Avec une application
plus stricte de la loi littorale depuis 2005, l’accès à
la propriété et au logement est devenu problématique
pour les jeunes insulaires qui souhaitent continuer à vivre et
travailler sur l’île toute l’année, comme dans
tous les lieux touristiques à succès. Mais qui possède
la terre et la vend au plus offrant ? La spéculation foncière
s’accompagne inévitablement d’une exclusion foncière
des populations les moins riches localement. Créée dans
ce contexte, l’association DIJI (80 membres en 2005, pour la plupart
entre 20 et 30 ans, Bellilois de souche, revenus vivre et travailler à
Belle-Ile après des années d'études et des jobs sur
le continent, quelquefois enfants de propriétaires terriens qui
vendent leurs terrains constructibles au plus offrant), dont l’objet
est la Défense des Intérêts et de l’avenir des
Jeunes Insulaires, revendique un maintien des possibilités de logement,
qui passerait par une gestion plus durable de la ressource foncière,
l’instauration d’un quota de permis de construire réservés
aux insulaires et limités pour les résidents secondaires,
afin d’éviter à terme le départ des jeunes
vers le continent. Ses actions complémentaires portent par ailleurs
sur la promotion des productions locales issues de l’artisanat,
de l’agriculture, de l’industrie agro-alimentaire, ainsi que
toute autre production locale. Les résidences secondaires aux volets
clos en hiver, sont devenues depuis peu, le symbole du retour de la question
du « tout-tourisme »..
Publications citées
-BUHOT C., 2006, Marché
du logement et division sociale de l’espace dans les îles
du Ponant, Thèse de Doctorat, Université de Bretagne
occidentale, 445 p.
- CAZES G., 1992, Fondements
pour une géographie du tourisme et des loisirs, Paris, Bréal,
189 p.
- DAMATO F., 2008, « La pointe des Poulains à Belle-Île-en-Mer
: patrimonialisation d’un site touristique insulaire », Mappemonde,
n°92.
- PÉRON F., 2005, « Fonctions sociales et dimensions subjectives
des espaces insulaires (exemple des îles du Ponant) ».
Annales de Géographie,
n° 644, p. 422-436.
- REYMOND L., 2002, L’habitat
à Belle-Ile-en-mer : Quels choix pour quelle évolution ?,
Mémoire de maîtrise, Université de Rennes 2 Haute
Bretagne, 208 p.
- SALOMÉ K., 2003, Les
îles bretonnes. Une image en construction (1750-1914), Rennes,
Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire», 472 p.
- Société Historique de Belle-Île-en-mer (2004), Bangor,
entre campagne et Mer sauvage, Promenades
bellîloises, 126 p.
Notes
1Comme
par exemple en 2005, où la pénurie d’eau a nécessité
le ravitaillement de l’île par bateau durant l’été,
ainsi que l’installation récente d’unités de
dessalement de l’eau de mer, malgré la présence sur
l’île de trois barrages.
2
L.C. Garans, Editorial de la Gazette de Belle-Ile-en-mer, N°301, juillet
2006.
3
pour la liaison Quiberon - Belle-Ile (Le Palais, Sauzon) et Lorient-Sauzon.
4
NDLR : En dépit du renouveau démographique, la population
de l’île en 2006 demeure inférieure à ce qu’elle
était en 1793.
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Frédéric
Damato
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