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Huangguoshu, un site paysager qui devient un lieu touristique
Benjamin Taunay

 

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Situé à 128 km à l’Ouest de Guiyang, le chef-lieu de la province du Guizhou, Huangguoshu (littéralement, « arbre à fruits jaunes »), est un des sites touristiques les plus connus du Sud-Ouest chinois. « Merveille » paysagère, lieu paysager le plus réputé de la province, la cascade de Huangguoshu (78 mètres de haut et 101 mètres de large) est un site visité depuis le début des années 1990, par des touristes internationaux, et par les touristes chinois de l’intérieur du pays. C’est pour mieux accueillir ces derniers que le gouvernement provincial a décidé de faire de ce site un véritable lieu touristique, avec hôtels, théâtres, centres d’animations, boutiques de souvenirs, etc.

Le tourisme est ici utilisé comme un outil de développement par les autorités de la province du Guizhou, la plus pauvre de Chine. Les acteurs publics essayent ainsi de pallier une situation depuis longtemps énoncée dans un proverbe chinois : au Guizhou, « il n’y a pas trois jours sans pluie, trois mou (unité de mesure chinoise ; trois mou égale un mètre) sans montagne, trois sapèques (monnaie de l’ancienne Chine) dans la poche d'un habitant ».



La chute de Huangguoshu, dans l’ouest du Guizhou - © B. Taunay


Huangguoshu, un site touristique « incontournable » dans l’Ouest du Guizhou

Le tourisme à Huangguoshu prend place dans la municipalité d'Anshun, une des plus pauvres de la province du Guizhou, une province en marge des principaux circuits touristiques à l’échelle du pays. Les touristes internationaux (320 000 en 2006, en majorité des Américains et des Européens), préfèrent visiter la province voisine du Yunnan quand il s’agit d’aller à la rencontre des minorités ethniques. La province du Guangxi, également limitrophe duGuizhou, fait aussi de l’ombre au tourisme : la ville de Guilin étant le principal lieu chinois de « paysages », des décors connus dans le Monde entier ses pains de sucres ressemblant à ceux de la baie d’Along. Les Chinois, même si plus nombreux (près d’un million en 2006), évitent le Guizhou au profit de Guilin et de la province du Yunnan. Pour remédier à cette situation de « marge touristique », le gouvernement a tout d’abord essayé d’améliorer l’accessibilité du site malgré tout connu dans toute la Chine (il existe une grotte de 134 mètres de long derrière le rideau d’eau, particulièrement renommée pour les nationaux, notamment depuis que le gouvernement a déclaré ce site « zone d’intérêt paysager et historique d’importance nationale » en 1982), et au-delà (Huangguoshu est la deuxième plus haute cascade d’Asie et la plus haute de Chine). Une autoroute entre Guiyang et la ville d’Anshun, a été construite en 2005 et une sortie a été spécialement créée pour desservir le site de la cascade. La deuxième étape a été la construction d’un aéroport national (à 40 km du site), permettant de relier Huangguoshu aux principales villes du pays avec des vols low cost (liaisons assurées une à deux fois par semaine depuis Chengdu, Chongqing, Shanghai et Canton principalement). Le gouvernement a d’ailleurs récemment (2007) souligné les efforts de la province du Guizhou en qualifiant Huangguoshu de « site exemplaire » ou qui « donne l’exemple » (shifan dian).

La nouvelle autoroute enjambe l’ancienne et sinueuse route menant de Guiyang à Huangguoshu (photo de gauche),
et permet d’arriver directement sur le site paysager grâce à une sortie uniquement dédiée à la desserte du site (photo de droite) - © B. Taunay.

Huangguoshu devient un lieu touristique très aménagé

Une fois l’accessibilité de Huangguoshu améliorée, le gouvernement du Guizhou a investi dans de nouveaux projets pour faire rester les touristes plus d'une seule journée sur le site (la visite du site dure environ deux heures). Tout d’abord, la cascade n’est plus le seul site paysager visitable, un « pass » permet d’admirer d’autres cascades plus modestes. Des grottes ont également été aménagées pour les touristes (les touristes peuvent y admirer des formes calcaires mises en valeur par des jeux de lumières multicolores). Le site de Huangguoshu a ensuite vu fleurir de nombreux aménagements, comme des lieux pour se faire prendre en photos dans des endroits stéréotypés (galerie derrière la cascade, bas de la cascade, etc.). Un circuit de visite bien balisé a été instauré tandis que la visite était « libre » jusqu’au début des années 2000.
Le principal changement vient de la nature du lieu : Huangguoshu n’est plus seulement un site touristique, c’est désormais un véritable lieu touristique qui est fermé et dont il faut payer l’entrée. Le site de la cascade n’est plus qu’un point dans un lieu plus vaste qui englobe maintenant un centre de spectacle et de loisirs, un théâtre, une zone destinée exclusivement à de nouveaux hôtels, et de vastes parkings. La construction de ces nouvelles infrastructures permet de justifier d’un droit d’entrée (200 yuans, soit environ 20 euros au lieu des 10 avant 2005). Une fois entrés, les touristes doivent encore payer l’entrée de la cascade et selon les forfaits pris avec l’agence, payer certaines attractions (spectacles notamment). Les vastes parkings construits à proximité de l’entrée montrent les attentes que fondent les autorités dans le développement du tourisme à Huangguoshu. Ils attestent aussi de l’importance prise par la voiture individuelle dans les déplacements à des fins touristiques des Chinois. Afin de laisser la place aux touristes, le gouvernement du Guizhou a décidé de raser l’ancien village qu’il fallait traverser pour se rendre au site de la cascade. L’ancien bourg sera reconstruit à l’extérieur du nouveau « parc » touristique. Il ne ressemblera dans la forme en rien à celui existant aujourd’hui. Des 2000 habitants actuels, la municipalité est en train de construire un village qui pourra accueillir 50 000 habitants. Les autorités espèrent en effet attirer une nouvelle population pour gérer et entretenir les nouvelles infrastructures, pour guider les touristes, etc. Le tourisme est ainsi un moteur de développement « urbain » dans des zones rurales et pauvres.


Le nouveau centre de loisirs et d’animations de Huangguoshu - © B. Taunay.


Le tourisme se diffuse autour de Huangguoshu


Huangguoshu est ainsi maintenant un lieu touristique de plus en plus fréquenté, qui se développe. Les bourgs et villages situés à proximité du site, près de la route menant depuis la sortie de l'autoroute jusqu'à l'entrée du parc, essayent d’attirer à eux cette activité, source de développement économique et de transformation urbaine. Ainsi, les acteurs locaux (maires et des investisseurs privés) tentent de monter des partenariats avec les autorités responsables du parc de Huangguoshu, pour que ces derniers programment une visite de leurs villages. Ils mettent en avant les caractéristiques « traditionnelles » de leurs villages, notamment la découverte de l’architecture et des modes de vie locaux. L’architecture est pourtant profondément transformée et les villages ne ressemblent que peu à ce qu’ils étaient avant l’arrivée du tourisme. Certaines maisons qui n’avaient autrefois qu’un seul niveau ont notamment été reconstruites avec un étage pour destiner le rez-de-chaussée à un restaurant, une boutique de souvenirs, etc. Le tourisme est donc ici un outil de développement, à l’origine émanant des acteurs publics de l’échelle provinciale, mais qui est aujourd’hui est récupéré par des acteurs privés de l’échelle locale. Ce n’est cependant pas une nouvelle région touristique (une aire où le tourisme, centré sur Huangguoshu, serait une des premières activités économiques, et où les villages seraient une périphérie touristique visitée par des circuits partant du centre) qui se crée ici. Au contraire, ces villages isolés ne sont encore qu’assez rarement visités et il n’existe toujours pas de circuits qui intègrent systématiquement la visite de Huangguoshu à celles des villages. Cette visite n’est qu’un supplément rajouté dans l’itinéraire selon la commission que reçoit le guide touristique (commission donnée par les responsables du tourisme dans ces bourgs et villages isolés). Ces initiatives locales qui paraissent anodines cachent pourtant un enjeu de taille : si les touristes sont de plus en plus nombreux dans ces villages, le gouvernement du Guizhou y investira. Plus encore qu’un outil de développement local, le tourisme est bien un enjeu de reconnaissance de localités par l’échelon provincial dans des régions isolées.


Un ancien village à proximité de Huangguoshu aujourd’hui en partie transformé par le tourisme - © B. Taunay.

Conclusion

Le développement de Huangguoshu est un exemple qui nous donne à voir comment une des provinces du Sud-Ouest chinois mise sur le tourisme comme outil de développement. Cette partie de la Chine (provinces du Guangxi, du Yunnan, du Guizhou et une partie du Hunan) est encore assez peu développée, majoritairement rurale avec quelques villes moyennes. C’est en revanche une des zones les plus connues dans le pays pour ses « paysages », au sens chinois du terme (Shanshui), c'est-à-dire des « montagnes et de l’eau qui court ». C’est là une ressource que les autorités utilisent au maximum pour attirer des flux de touristes, de capitaux, développer ainsi leur espace et ainsi essayer de rattraper le retard avec les provinces de l’Est chinois.

Références bibliographiques

Clastres G., 1999,
Tourisme ethnique en ombres chinoises, la province du Guizhou, Paris, L’Harmattan, 222 p.
Maire R., 2004, Développement du tourisme ethno-karstique dans la province du Guizhou, Chapitre 16 in « Voyages en terre chinoise. Spéléo-karstologie et environnement en Chine »,
Karstologia, Mémoire n° 9, Bordeaux III, p. 441-456.
Nyíri P., 2006,
Scenic spots. Chinese tourism, the state, and cultural authority, University of Washington press, Seattle and London, 135 p.
Oakes T., 1998,
Tourism and Modernity in China, New-York, Routledge, 272 p.


Le plan d’ensemble du nouveau lieu. En haut à gauche les nouveaux équipements (centre de loisirs,
palais des congrès, etc.) se situent sur une petite partie de l’emplacement de l’ancien bourg. La majeure partie du bourg,
une fois rasée, sera remplacée par de vastes routes, parkings et autres aménagements pour les touristes chinois
(centre de la photo, la chute se situant au-dessus de cette zone, en haut à droite). En bas du plan, les plus petites chutes d’eau
ainsi que les grottes nouvellement mises en valeur sont représentées. L’ensemble est relié par de multiples sentiers
pour piétons et pour des voiturettes transportant les touristes de site en site -
©
Chen Zhengkun, Huangguoshu lüyou fazhan zongti guihua, zhongguo lüyou chubanshe, 2007, 194 p.


La rue principale du bourg qui sera bientôt rasée - © B. Taunay.


Les autorités espèrent également attirer de plus en plus de touristes internationaux, comme le prouve
cet extrait de la légende du plan du site présent à proximité de la cascade. En dessous du Chinois et l’Anglais
les indications ont été traduites en Coréen, en Japonais et en Français (cas rare en Chine). - © B. Taunay.


Des hôtels de luxe ont déjà été construits, d’autres sont soit en construction, soit en projet - © B. Taunay.


La nouvelle entrée du site de Huangguoshu. En haut à droite, on peut lire 5 « A », ce qui indique le rang du nouveau
lieu dans la hiérarchie touristique définie par le gouvernement. Huangguoshu est ainsi considéré par Pékin
comme uns des « plus beaux lieux de Chine ». Jusqu’en 2006, la plus haute distinction était de 4 « A ».
Signe de l’importance que lui accorde le gouvernement, Huangguoshu en a directement obtenu 5. - © B. Taunay.

 

Benjamin Taunay
Doctorant sous la direction d’Isabelle Sacareau et Patrice Cosaert à l’université de la Rochelle, UMR 6250 (LIENSs).
Thèse intitulée : Le tourisme national chinois, une approche géographique. Exemples à Guilin et Beihai.
ATER à l’université d'Angers (ESTHUA).
benjamin.taunay@gmail.com

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