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Amnéville : la bifurcation de l’industrie vers le thermalisme,
les loisirs et le tourisme
Amnéville, commune mosellane de 10 000 habitants, dans la vallée de l’Orne, à mi-chemin entre Metz et Thionville, appartenait au « polygone lourd » de la sidérurgie lorraine, qui s’étendait sur les trois vallées de la Moselle et de ses deux affluents, l’Orne et la Fensch. Dans un contexte de reconversion, de recherches de solutions et d’adaptation, la présence d’une source chlorurée sodique hyper-minérale associée à une volonté municipale convaincue de l’intérêt médical et social d’une station thermale a changé la donne.
Aujourd’hui, cet ensemble touristique et ludique sur une friche industrielle symbolise ce défi lancé par la municipalité, qui s’était donnée pour ambition de refuser la fatalité, en jouant, à l’initiative de son maire, le docteur Kiffer, la carte de la bifurcation de l’industrie vers le thermalisme, les loisirs et le tourisme, dans la seconde moitié des années 1980.
Edith Fagnoni

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De la sidérurgie au thermalisme et aux loisirs : une reconversion réussie

Alors que la sidérurgie était encore florissante, la municipalité avait pris conscience de la richesse que pouvait représenter cette source thermale au cœur d’un vaste espace forestier (Bois de Coulange : 600 hectares de forêt situés en amont de l’espace urbain). Elle avait déjà amorcé une bifurcation vers le loisir, puisque le complexe piscine-patinoire fut le premier équipement implanté sur le site (décembre 1974). Depuis, malgré d’importantes querelles politiques, de nombreuses réalisations se sont greffées sur ce premier aménagement. Le moteur de ce nouveau développement et son élément symbole demeure néanmoins le centre thermal, qui accueille aujourd’hui 15 000 curistes par an et occupe la 8ème place sur le plan national. Le captage a pris le nom de source « Saint-Eloy », patron des orfèvres et des sidérurgistes : symboliquement, Saint-Eloy devenait ainsi le trait d’union entre la reconversion de la sidérurgie et le thermalisme. La base détente-loisirs s’inscrit autour du centre thermal, elle n’a cessé de renforcer ses structures si bien que l’ensemble des équipements thermaux et récréatifs permet de distinguer cinq pôles d’activités sur le site d’Amnéville-les-Thermes : les activités « santé et détente » (centre thermal et centres de remise en forme Thermapolis et Villa Pompéi) ; les activités « sportives » (piscine, patinoire, squash, golf, piste de ski, …) ; les activités « nature » (zoo, accrobranche, parcours pédestres, etc.) ; les activités dites de « luxe » (casino) et les activités « culture » amorcées dès 1990 avec l’aménagement d’une salle de spectacles modulable d’une capacité de 12 000 places (le Galaxie). Cette réalisation à vocation culturelle est progressivement devenue un vecteur médiatique pour le site. Ce pôle « culture » semble se confirmer depuis 2002 avec l’ouverture d’un musée de la moto et du vélo et d’un espace d’expositions d’art contemporain (Crid’Art). Grâce à ces équipements successifs, Amnéville-les-Thermes est un exemple de réussite de reconversion, avec plus de 4 millions de visiteurs par an.

Fréquentation annuelle du centre thermal et touristique (1991-2007)


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L’image phare de cette reconversion demeure la conquête de 160 ha de crassier, qui se présentait en 1988, comme une « frontière » entre Amnéville et le pôle thermal et touristique. Le sommet du crassier a été conservé : c’est là qu’a été aménagé le monorail avec deux pistes de luges de 360 m de longueur et 40 m de dénivelé. La salle de spectacles le Galaxie a été implantée sur le crassier côté est, et côté ouest a été aménagé le golf (18 trous). Une piste de ski indoor de 620 m de long, 35 m de large et 90 m de dénivelé est venue concrétiser depuis 2006 l’aménagement de ce crassier. Avec la programmation d’un établissement de restauration « en altitude », elle part du sommet du crassier pour aboutir à l’un des parkings (8000 places) situés sous le Galaxie, où un établissement de restauration « au pied des pistes » a été aménagé. Cet équipement a été agréé par la FFS (Fédération Française de Ski) et la FIS (Fédération Internationale de Ski). Première piste indoor en France, suite à de récents travaux d’allongement, le « tunnel nival » d’Amnéville est devenu en terme de domaine skiable la plus longue piste indoor au monde avec 620 m contre 400 m à Dubaï. Elle a accueilli en novembre 2008 pour la seconde année consécutive le championnat de France de ski indoor alpin (70 concurrents) et le 1er championnat international de ski indoor alpin (24 nationalités). Afin de développer une politique de communication et sensibilisation dans le but d’augmenter le nombre de « skieurs » à Amnéville, un partenariat avec différentes stations de ski invitées a été mis en place : Châtel, Valmenier, Ventron, les Arcs, …



Une organisation spatiale bipolaire

La touristification amnévilloise a fini par redessiner une image nouvelle de la ville, recréant de l’attractivité face à une situation contextuelle répulsive. Les activités récréatives ont fini par réorganiser l’espace selon leur propre logique. En trente ans s’est installée une réelle dynamique entre Amnéville-Bas et Amnéville-Haut, devenu une véritable « acropole » touristique, fonctionnant comme une occupation spatiale ponctuelle à l’image d’un parc de loisirs. Cette réappropriation de l’espace à partir du tourisme-loisirs renvoie à une lecture bipolaire de la ville, mettant en exergue une discontinuité spatiale entre la ville permanente et la station touristique. Le tableau et le plan ci-dessous rendent compte de l’évolution et de l’organisation spatiale du site.
La stratégie de développement amnévilloise poursuit sa course aux équipements en s’orientant pour 2009 vers une montée en gamme des projets avec l’annonce de la transformation et de l’agrandissement de la structure actuelle du casino pour arriver à une surface exploitable de 8 600 m². Hormis l’augmentation de la surface de jeux, cette surface comprendra un hôtel de luxe quatre étoiles d’une capacité de 78 chambres, une salle de spectacle modulable et un restaurant gastronomique d’une capacité de 150 couverts (projet d’établissement étoilé). L’ambition est de devenir le second casino de France tant du point de vue de la superficie (selon ce critère, le premier casino est celui de Toulouse avec 14 000 m² de surface exploitable), qu’en termes de produit brut des jeux (classement ambitionné derrière le casino d’Enghien-les-Bains). De nouveaux aménagements dédiés aux enfants et adolescents sont également prévus pour 2009 : un espace ludique autour du Snowhall, l’aménagement d’un circuit de karting électrique, d’un espace Laser Game, de nouvelles pistes de luges d’été et un simulateur de chute libre.
Parallèlement à une certaine montée en gamme des équipements annoncée, l’objectif actuel est de poursuivre le développement de la capacité d’hébergement afin d’accompagner et d’amplifier le passage du loisir au tourisme. Pour l’heure la capacité d’hébergement est de 450 chambres réparties entre six établissements hôteliers de catégorie 2 et 3 étoiles et trois résidences de tourisme proposant studios et appartements.

Cette création d’équipements successifs relève d’une véritable logique de parc à thème, avec la nécessité de devoir proposer sans cesse de nouvelles attractions afin de fidéliser et de capter de nouvelles clientèles. Les cinq pôles d’activités identifiables à Amnéville couplés à l’organisation spatiale thématisée d’un parc de loisirs structurée en land, explique l’impression de déconnexion ressentie par les visiteurs passant d’un lieu à un autre.


Amnéville-les-Thermes : plan d’ensemble


Cet exemple se présente comme le résultat d’un projet audacieux. Il illustre la forte capacité du local à infléchir le cours des choses puisqu’en quarante ans le monde ouvrier a été bouleversé. Il a permis d’observer le glissement de la ville productive vers la ville touristique, ludique, sportive et festive. Ce cas atypique de l’ancienne cité industrielle d’Amnéville permet de s’interroger sur la réécriture d’un espace par le tourisme-loisirs dans les processus de renouvellement urbain et régional, dans le cadre d’une véritable scénographie de la ville. Il se présente comme un espace urbain « réenchanté », une sorte de bulle touristique, où l’industrie du tourisme a remplacé l’industrie ferrifère. Le tourisme-loisirs est devenu une activité permanente, productrice d’espaces innovants, illustrant la réussite de la reconversion de territoires « mis en désir ».

Références bibliographiques
Brunel S., 2006,
La planète disneylandisée, Paris, Ed. Sciences Humaines.
Deshaies M., 2007,
Les territoires miniers. Exploitation et reconquête, Paris, Ed. Ellipses, Coll. Carrefours.
Fagnoni E., 2006, « Un exemple de renouvellement urbain endogène. De Amnéville, cité industrielle, à Amnéville-les-Thermes, complexe récréatif et thermal », in Rieucau J. et Lageiste J. (dir),
L’empreinte du tourisme. Contribution à l’identité du fait touristique, Paris, L’Harmattan, p. 255-287.
Fagnoni E., 2004, « Amnéville, de la cité industrielle à la cité touristique : quel devenir pour les territoires urbains en déprise ? »,
Mondes en développement, Revue franco-belge, Numéro Tourisme et développement, Ed De Boeck, n° 1, vol 32, p. 51-66.
Fagnoni E., 2002, « De l’exclusion des paysages industriels lorrains à leur réinsertion par le biais du tourisme et des loisirs »,
Mosella, Tome XXVI, n° 3-4, p. 345-361.



Le crassier, marqueur spatial de l’industrie lourde : 160 ha (photo 1988)
Cliché : Municipalité d’Amnéville



Le « pain de sucre » (ou sommet du crassier (terril)), marqueur spatial de
l’industrie lourde, d’où part le monorail avec deux pistes de luges et
le tunnel nival (snow hall). Il domine le golf, la salle de spectacles
modulable le Galaxie et le centre de remise en forme Villa Pompéi
(photo 1990)

Cliché : E. Fagnoni



L’intégration du crassier dans l’aménagement touristique du Bois de Coulange
(« Amnéville Haut ») : vue sur la salle de spectacles modulable le Galaxie,
les parkings,le golf et la commune voisine de Rombas (photo 1992)

Cliché : Municipalité d’Amnéville

Le tourisme-loisirs, nouveau marqueur spatial : vue sur le centre de remise en forme
Thermapolis (1er plan), la salle de spectacles le Galaxie (2nd plan) (côté est du crassier),
le club house golfique (côté ouest du crassier) et le tracé des rails
(360 m de pistes de luge) (photo 1999)

Cliché : Office de tourisme - crédit photos Aéroflash

Le complexe piscine-patinoire (photo 2003)
Cliché : ATV Télévision locale

Le centre thermal Saint-Eloy (photo 2003)
Cliché : ATV Télévision locale

Le centre thermal Saint-Eloy (photo 2008)
Cliché : E. Fagnoni

Le centre de remise en forme Thermapolis (photo 2003)
Cliché : ATV Télévision locale


Le centre de remise en forme Villa Pompéi.
En arrière plan : la crassier et le snow hall (photo 2008)

Cliché : E. Fagnoni

Le golf et son club house (une coulée verte aménagée sur le côté ouest du crassier)
(photo 2003)

Cliché : ATV Télévision locale


Club house golfique (photo 2008)
Cliché : E. Fagnoni

Le snow hall (photo 2008)
Cliché : E. Fagnoni


Le snow hall (photo 2008)
Cliché : E. Fagnoni

Le snow hall : tunnel nival de 620 m (photo 2008)
Cliché : E. Fagnoni


Le snow hall : tunnel nival de 620 m (photo 2008)
Cliché : E. Fagnoni


Parcours aventure accrobranche (photo 2008)
Cliché : E. Fagnoni

 

Edith FAGNONI
Maître de Conférences – Université de Paris 4-Sorbonne (IUFM)
Laboratoire EA M.I.T. 2373 (Mobilités, Itinéraires, Tourismes), Université Paris 7 - Denis Diderot
Laboratoire C.R.E.T.E.I.L. EGEE 3482 (Centre de Recherche Espace Transports Environnement et Institutions Locales) - Université de Paris XII-Val de Marne.
e.fagnoni@wanadoo.fr

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