Alors que la sidérurgie était encore florissante, la municipalité avait pris conscience de la richesse que pouvait représenter cette source thermale au cœur d’un vaste espace forestier (Bois de Coulange : 600 hectares de forêt situés en amont de l’espace urbain). Elle avait déjà amorcé une bifurcation vers le loisir, puisque le complexe piscine-patinoire fut le premier équipement implanté sur le site (décembre 1974). Depuis, malgré d’importantes querelles politiques, de nombreuses réalisations se sont greffées sur ce premier aménagement. Le moteur de ce nouveau développement et son élément symbole demeure néanmoins le centre thermal, qui accueille aujourd’hui 15 000 curistes par an et occupe la 8ème place sur le plan national. Le captage a pris le nom de source « Saint-Eloy », patron des orfèvres et des sidérurgistes : symboliquement, Saint-Eloy devenait ainsi le trait d’union entre la reconversion de la sidérurgie et le thermalisme. La base détente-loisirs s’inscrit autour du centre thermal, elle n’a cessé de renforcer ses structures si bien que l’ensemble des équipements thermaux et récréatifs permet de distinguer cinq pôles d’activités sur le site d’Amnéville-les-Thermes : les activités « santé et détente » (centre thermal et centres de remise en forme Thermapolis et Villa Pompéi) ; les activités « sportives » (piscine, patinoire, squash, golf, piste de ski, …) ; les activités « nature » (zoo, accrobranche, parcours pédestres, etc.) ; les activités dites de « luxe » (casino) et les activités « culture » amorcées dès 1990 avec l’aménagement d’une salle de spectacles modulable d’une capacité de 12 000 places (le Galaxie). Cette réalisation à vocation culturelle est progressivement devenue un vecteur médiatique pour le site. Ce pôle « culture » semble se confirmer depuis 2002 avec l’ouverture d’un musée de la moto et du vélo et d’un espace d’expositions d’art contemporain (Crid’Art). Grâce à ces équipements successifs, Amnéville-les-Thermes est un exemple de réussite de reconversion, avec plus de 4 millions de visiteurs par an.
Fréquentation
annuelle du centre thermal et touristique (1991-2007)

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le tableau
L’image phare de cette reconversion demeure la conquête de 160
ha de crassier, qui se présentait en 1988, comme une « frontière
» entre Amnéville et le pôle thermal et touristique. Le
sommet du crassier a été conservé : c’est là
qu’a été aménagé le monorail avec deux pistes
de luges de 360 m de longueur et 40 m de dénivelé. La salle
de spectacles le Galaxie a été implantée sur le crassier
côté est, et côté ouest a été aménagé
le golf (18 trous). Une piste de ski indoor
de 620 m de long, 35 m de large et 90 m de dénivelé est venue
concrétiser depuis 2006 l’aménagement de ce crassier.
Avec la programmation d’un établissement de restauration «
en altitude », elle part du sommet du crassier pour aboutir à
l’un des parkings (8000 places) situés sous le Galaxie, où
un établissement de restauration « au pied des pistes »
a été aménagé. Cet équipement a été
agréé par la FFS (Fédération Française
de Ski) et la FIS (Fédération Internationale de Ski). Première
piste indoor en France, suite à de récents travaux d’allongement,
le « tunnel nival » d’Amnéville est devenu en terme
de domaine skiable la plus longue piste indoor au monde avec 620 m contre
400 m à Dubaï. Elle a accueilli en novembre 2008 pour la seconde
année consécutive le championnat de France de ski indoor
alpin (70 concurrents) et le 1er championnat international de ski indoor
alpin (24 nationalités). Afin de développer une politique de
communication et sensibilisation dans le but d’augmenter le nombre de
« skieurs » à Amnéville, un partenariat avec différentes
stations de ski invitées a été mis en place : Châtel,
Valmenier, Ventron, les Arcs, …

Une organisation spatiale bipolaire
La touristification amnévilloise a
fini par redessiner une image nouvelle de la ville, recréant de l’attractivité
face à une situation contextuelle répulsive. Les activités
récréatives ont fini par réorganiser l’espace selon
leur propre logique. En trente ans s’est installée une réelle
dynamique entre Amnéville-Bas et Amnéville-Haut, devenu une
véritable « acropole » touristique, fonctionnant comme
une occupation spatiale ponctuelle à l’image d’un parc
de loisirs. Cette réappropriation de l’espace à partir
du tourisme-loisirs renvoie à une lecture bipolaire de la ville, mettant
en exergue une discontinuité spatiale entre la ville permanente et
la station touristique. Le tableau et le plan ci-dessous rendent compte de
l’évolution et de l’organisation spatiale du site.
La stratégie de développement amnévilloise poursuit sa
course aux équipements en s’orientant pour 2009 vers une montée
en gamme des projets avec l’annonce de la transformation et de l’agrandissement
de la structure actuelle du casino pour arriver à une surface exploitable
de 8 600 m². Hormis l’augmentation de la surface de jeux, cette
surface comprendra un hôtel de luxe quatre étoiles d’une
capacité de 78 chambres, une salle de spectacle modulable et un restaurant
gastronomique d’une capacité de 150 couverts (projet d’établissement
étoilé). L’ambition est de devenir le second casino de
France tant du point de vue de la superficie (selon ce critère, le
premier casino est celui de Toulouse avec 14 000 m² de surface exploitable),
qu’en termes de produit brut des jeux (classement ambitionné
derrière le casino d’Enghien-les-Bains). De nouveaux aménagements
dédiés aux enfants et adolescents sont également prévus
pour 2009 : un espace ludique autour du Snowhall,
l’aménagement d’un circuit de karting électrique,
d’un espace Laser Game,
de nouvelles pistes de luges d’été et un simulateur de
chute libre.
Parallèlement à une certaine montée en gamme des équipements
annoncée, l’objectif actuel est de poursuivre le développement
de la capacité d’hébergement afin d’accompagner
et d’amplifier le passage du loisir au tourisme. Pour l’heure
la capacité d’hébergement est de 450 chambres réparties
entre six établissements hôteliers de catégorie 2 et 3
étoiles et trois résidences de tourisme proposant studios et
appartements.
Cette création d’équipements successifs relève d’une véritable logique de parc à thème, avec la nécessité de devoir proposer sans cesse de nouvelles attractions afin de fidéliser et de capter de nouvelles clientèles. Les cinq pôles d’activités identifiables à Amnéville couplés à l’organisation spatiale thématisée d’un parc de loisirs structurée en land, explique l’impression de déconnexion ressentie par les visiteurs passant d’un lieu à un autre.
Amnéville-les-Thermes
: plan d’ensemble

Cet exemple se présente comme le résultat d’un projet
audacieux. Il illustre la forte capacité du local à infléchir
le cours des choses puisqu’en quarante ans le monde ouvrier a été
bouleversé. Il a permis d’observer le glissement de la ville
productive vers la ville touristique, ludique, sportive et festive. Ce cas
atypique de l’ancienne cité industrielle d’Amnéville
permet de s’interroger sur la réécriture d’un espace
par le tourisme-loisirs dans les processus de renouvellement urbain et régional,
dans le cadre d’une véritable scénographie de la ville.
Il se présente comme un espace urbain « réenchanté
», une sorte de bulle touristique, où l’industrie du tourisme
a remplacé l’industrie ferrifère. Le tourisme-loisirs
est devenu une activité permanente, productrice d’espaces innovants,
illustrant la réussite de la reconversion de territoires « mis
en désir ».
Références bibliographiques
Brunel S., 2006, La planète
disneylandisée, Paris,
Ed. Sciences Humaines.
Deshaies M., 2007, Les territoires
miniers. Exploitation et reconquête,
Paris, Ed. Ellipses, Coll. Carrefours.
Fagnoni E., 2006, « Un exemple de renouvellement urbain endogène.
De Amnéville, cité industrielle, à Amnéville-les-Thermes,
complexe récréatif et thermal », in Rieucau J. et Lageiste
J. (dir), L’empreinte
du tourisme. Contribution à l’identité du fait touristique,
Paris, L’Harmattan, p. 255-287.
Fagnoni E., 2004, « Amnéville, de la cité industrielle
à la cité touristique : quel devenir pour les territoires urbains
en déprise ? », Mondes
en développement, Revue
franco-belge, Numéro Tourisme et développement, Ed De Boeck,
n° 1, vol 32, p. 51-66.
Fagnoni E., 2002, « De l’exclusion des paysages industriels lorrains
à leur réinsertion par le biais du tourisme et des loisirs »,
Mosella, Tome XXVI, n° 3-4,
p. 345-361.
Le crassier, marqueur
spatial de l’industrie lourde : 160 ha (photo 1988)
Cliché : Municipalité d’Amnéville
Le « pain de
sucre » (ou sommet du crassier (terril)), marqueur spatial de
l’industrie lourde, d’où part le monorail avec deux pistes
de luges et
le tunnel nival (snow hall). Il domine le golf, la salle de spectacles
modulable le Galaxie et le centre de remise en forme Villa Pompéi
(photo 1990)
Cliché : E. Fagnoni
L’intégration
du crassier dans l’aménagement touristique du Bois de Coulange
(« Amnéville Haut ») : vue sur la salle de spectacles modulable
le Galaxie,
les parkings,le golf et la commune voisine de Rombas (photo 1992)
Cliché : Municipalité d’Amnéville
Le tourisme-loisirs,
nouveau marqueur spatial : vue sur le centre de remise en forme
Thermapolis (1er plan), la salle de spectacles le Galaxie (2nd plan) (côté
est du crassier),
le club house golfique (côté ouest du crassier) et le tracé
des rails
(360 m de pistes de luge) (photo 1999)
Cliché : Office de tourisme - crédit
photos Aéroflash
Le complexe piscine-patinoire
(photo 2003)
Cliché : ATV Télévision
locale
Le centre thermal
Saint-Eloy (photo 2003)
Cliché : ATV Télévision
locale
Le centre thermal
Saint-Eloy (photo 2008)
Cliché : E. Fagnoni
Le centre de remise
en forme Thermapolis (photo 2003)
Cliché : ATV Télévision
locale

Le centre de remise
en forme Villa Pompéi.
En arrière plan : la crassier et le snow hall (photo 2008)
Cliché : E. Fagnoni

Le golf et son club
house (une coulée verte aménagée sur le côté
ouest du crassier)
(photo 2003)
Cliché : ATV Télévision
locale

Club house golfique
(photo 2008)
Cliché : E. Fagnoni

Le snow hall
(photo 2008)
Cliché : E. Fagnoni
Le snow hall
(photo 2008)
Cliché : E. Fagnoni

Le snow hall
: tunnel nival de 620 m (photo 2008)
Cliché : E. Fagnoni
Le snow hall : tunnel
nival de 620 m (photo 2008)
Cliché : E. Fagnoni

Parcours
aventure accrobranche (photo 2008)
Cliché : E. Fagnoni

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Edith FAGNONI |