
1) la dispersion des effectifs, géographique et disciplinaire, qui conduit à l’émiettement des forces, à l’insuffisante visibilité internationale des équipes ou fragments d’équipes qui s’intéressent au tourisme, à un fréquent isolement pour nombre de chercheurs ou de doctorants, parfois encore à un déficit de considération atteignant les chercheurs ayant choisi de s’engager dans cette voie pourtant d’une telle richesse heuristique que l’aveuglement d’une partie de la communauté scientifique devient un bon indicateur de la menace de sclérose qui guette la recherche française en sciences sociales, insuffisamment ouverte aux approches interdisciplinaires et à la « marginalité créative » comme facteur d’innovation, pour reprendre le titre de l’ouvrage de Mattei Dogan et Robert Pahre (1991).
2) Une insuffisante connexion avec les équipes qui à l’étranger travaillent sérieusement cette question et qui, de plus en plus, atteignent une taille critique à laquelle les équipes françaises ne peuvent actuellement prétendre faute d’un volontarisme des intéressés comme de l’Etat défaillant, le tout tendant à s’organiser en un cercle vicieux renforcé par le caractère insuffisamment professionnel et internationalisé de certaines recherches.
3) La nécessité de penser l’utilité sociale de la recherche en tourisme et de jeter des ponts entre monde de la recherche et monde des professionnels du tourisme ; autrement dit, il me semble qu’il y a beaucoup, voire trop de recherches qui sont engagées sans un souci suffisant de savoir à qui et comment ces recherches seront profitables et quels débouchés elles sont susceptibles d’ouvrir pour les intéressés eux-mêmes. Comme il y a beaucoup d’acteurs du tourisme qui gagneraient à être mieux informés des résultats de certaines recherches. Il ne s’agit pas ici de faire la promotion d’une recherche utilitariste et seulement appliquée, dépendante du bon vouloir des entreprises, mais de poser la question nécessaire car fondamentale de la capacité de la recherche à se donner les moyens de comprendre au mieux le monde dans lequel elle vit.
Ces constats ne sont pas le résultat d’une fatalité et
nous pouvons, ensemble, œuvrer de manière à faire bouger
les choses.
Pour ce faire, notre association a engagé des actions spécifiques.
D’abord, en organisant, à Nice, les 3 et 4 avril derniers, des « doctoriales du tourisme », qui ont été pensées spécifiquement pour lutter contre les deux premiers handicaps : en deux jours, plus d’une trentaine de doctorants de cinq ou six disciplines différentes, se sont exprimés, ont fait connaître aux autres leurs préoccupations quotidiennes, ont échangé, dépassé les divisions disciplinaires ; ce fut, pour certains l’occasion de rompre un isolement intellectuel, pour tous d’avoir le sentiment de co-produire un événement peu banal dans la vie de la communauté pour l’instant surtout virtuelle des chercheurs œuvrant dans le champ du tourisme.
Ensuite, en préparant la tenue d’une table-ronde entre monde de la recherche et monde des entreprises œuvrant dans le tourisme : il nous faut, en effet, poursuivre à travers une telle rencontre plusieurs objectifs : poser l’importante question de l’utilité sociale de la recherche en tourisme, rechercher des débouchés à des docteurs en tourisme en dehors de l’université, assumer notre responsabilité d’organisation originale qui se soucie à la fois de formation, d’innovation, de réflexion stratégique et de prospective, le tout en s’appuyant sur des échanges entre formateurs, chercheurs et professionnels. C’est là, à l’évidence, une tâche d’intérêt général : le système touristique français, en proie à une compétition internationale de plus en plus vive, se doit d’évoluer rapidement et, en particulier, d’assurer une montée en gamme des qualifications d’emplois.
Cette tâche d’intérêt général n’étant actuellement portée par aucune instance, il appartient à l’ADRETs de l’assumer, dans un esprit de totale ouverture, afin de dépasser les cloisonnements existants, qu’ils soient disciplinaires à l’intérieur du monde de la recherche ou bien entre chercheurs et « professionnels ».
C’est également dans cet esprit que nous appelons à un renouvellement sensible de notre conseil d’administration lors de la prochaine assemblée générale qui se tiendra à Paris le 4 juillet prochain. Nous avons besoin de toutes les bonnes volontés afin de contribuer à ces indispensables dialogues au service de la qualité de nos recherches comme de la nécessaire montée en gamme de notre système touristique.
Rémy Knafou
Président de l’ADRETs
Professeur émérite, université
Paris 1 - Panthéon-Sorbonne
Directeur de l'équipe MIT (Mobilités, Itinéraires, Tourismes),
université Paris 7 - Denis Diderot