
Le colloque [photos
1 et 2] s’est déroulé dans une ville en pleine
mutation, dont la dimension touristique s’affirme de plus en plus, non
seulement par la multiplication des hébergements spécifiques
(grands hôtels, riads, etc.), mais aussi par la finition de l’espace
public (trottoirs refaits, fontaines au centre de plusieurs ronds-points,
fleurissement généralisé, etc.) [photo
3].
Le 11 juin, une excursion a été organisée à Essaouira,
avec une visite d’une coopérative de femmes produisant l’huile
d’argan.
Texte de l’appel à communications
Beaucoup de qualificatifs ont été successivement élaborés
autour du rôle et de la mission du tourisme : moteur de croissance,
secteur de développement, facteur de changement, domaine des affaires,
champ de l'interculturel, facteur de durabilité, etc. Le dernier des
rôles qui est en cours d'être affecté au tourisme est de
le rendre secteur d'équité sociale renouant autrement avec les
territoires des pauvres.
S'agit-il d'un nouveau paradigme en tourisme ou seulement d'une évolution
normale et pratique à caractère économique et politique
?
Nous sommes convaincus de la complexité de la donne. Le tourisme, lorsqu’il
est pris dans son aspect durable, responsable, équitable, solidaire
voire humanitaire, est chargé de nouvelles tâches : provoquer,
d'une part, des changements dans les structures et composantes de son système
territorial et d'autre part susciter de nouvelles exigences humaines au niveau
relationnel. De nouveaux sens et valeurs se voient octroyés alors au
tourisme.
Lorsqu’il est « durable » (pour ne prendre que ce qualificatif),
il devrait l’être aussi pour la population qu’il concerne.
Si cette population est intégrée dans ses formes de production,
il devrait la respecter telle qu’elle a conçu sa vie productive,
sociale, etc. Se pose ainsi une question non seulement au sujet de la nature
de ce tourisme, mais aussi et surtout de l’équilibre (s’il
a lieu) mis en place par cette population. Mais cet équilibre, comme
le dit Keynes, peut être de sous-emploi, c’est-à-dire non
satisfaisant pour cette population dans sa totalité ou au moins pour
une partie. Le tourisme, durable soit-il, peut-il aggraver cet équilibre
de sous-emploi ou au contraire apporter l’aide nécessaire pour
l’éradiquer ? En effet, le tourisme est recherché par
bien des pays (en voie de développement essentiellement) pour les bienfaits
qu’il générerait.
Aujourd'hui, les différents acteurs nationaux et internationaux affichent
leurs attentes vis-à-vis du tourisme qui devrait non seulement être
un secteur d'ouverture des pays et des civilisations mais pourvoyeur du développement
humain et social. Si la pauvreté devient un phénomène
complexe qui dépasse largement son expression du niveau bas des revenus,
sa réduction devient de plus en plus un enjeu civilisationnel. Elle
devrait être un thème fédérateur entre plusieurs
secteurs et divers acteurs de l'action sociale, surtout qu'elle est un phénomène
multidimensionnel lié à différents facteurs socioéconomiques
tel que le chômage, les maladies, l’analphabétisme, la
mortalité infantile et la dégradation de l’environnement,
etc. Le tourisme pourrait-il être alors une opportunité à
saisir ? Dans quel contexte? Par quels moyens? Avec quels acteurs ? En s’appuyant
sur quelle philosophie? Sur quelle démarche? Avec quelles limites et
quels risques ? Ou bien le tourisme n'est au contraire qu'une activité
économique "égoïste", capitaliste provoquant
l'injustice, la misère, l'altérité, la vulnérabilité
sociales ; et de ce fait ne pourrait être qu'un secteur favorisant le
développement d'un environnement complexe de pauvreté ?