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Colloque « Tourisme et pauvreté » (9 au 11 juin 2008) -
Marrakech, université Cadi Ayyad
Les Photos
Un très intéressant colloque international a réuni plus de quatre-vingt participants sur un thème qui est désormais dans l’air du temps et dont Francesco Frangialli, Secrétaire général de l’Organisation mondiale du tourisme, avait rappelé, dans son discours de Québec, le 2 juin, qu’il était l’une des quatre priorités de l’OMT.
Principalement organisé par Saïd Boujrouf (géographie) et Ouidad Tebaa (littérature), ce colloque a abordé le thème selon trois axes :
1-Entre tourisme et développement humain et social, quel positionnement théorique et méthodologique?
2-Tourisme et pauvreté : opportunités et menaces.
3-Tourisme et réduction de la pauvreté, quelle politique ou quelle stratégie d'articulation ?
La synthèse des travaux a été effectuée par Rémy Knafou. Un résumé en sera prochainement mis en ligne.
Les communications retenues par le Comité scientifique feront l’objet d’un ouvrage dont la publication est prévue pour la fin de l’année 2008.

Le colloque [photos 1 et 2] s’est déroulé dans une ville en pleine mutation, dont la dimension touristique s’affirme de plus en plus, non seulement par la multiplication des hébergements spécifiques (grands hôtels, riads, etc.), mais aussi par la finition de l’espace public (trottoirs refaits, fontaines au centre de plusieurs ronds-points, fleurissement généralisé, etc.) [photo 3].
Le 11 juin, une excursion a été organisée à Essaouira, avec une visite d’une coopérative de femmes produisant l’huile d’argan.

Texte de l’appel à communications

Beaucoup de qualificatifs ont été successivement élaborés autour du rôle et de la mission du tourisme : moteur de croissance, secteur de développement, facteur de changement, domaine des affaires, champ de l'interculturel, facteur de durabilité, etc. Le dernier des rôles qui est en cours d'être affecté au tourisme est de le rendre secteur d'équité sociale renouant autrement avec les territoires des pauvres.
S'agit-il d'un nouveau paradigme en tourisme ou seulement d'une évolution normale et pratique à caractère économique et politique ?
Nous sommes convaincus de la complexité de la donne. Le tourisme, lorsqu’il est pris dans son aspect durable, responsable, équitable, solidaire voire humanitaire, est chargé de nouvelles tâches : provoquer, d'une part, des changements dans les structures et composantes de son système territorial et d'autre part susciter de nouvelles exigences humaines au niveau relationnel. De nouveaux sens et valeurs se voient octroyés alors au tourisme.
Lorsqu’il est « durable » (pour ne prendre que ce qualificatif), il devrait l’être aussi pour la population qu’il concerne. Si cette population est intégrée dans ses formes de production, il devrait la respecter telle qu’elle a conçu sa vie productive, sociale, etc. Se pose ainsi une question non seulement au sujet de la nature de ce tourisme, mais aussi et surtout de l’équilibre (s’il a lieu) mis en place par cette population. Mais cet équilibre, comme le dit Keynes, peut être de sous-emploi, c’est-à-dire non satisfaisant pour cette population dans sa totalité ou au moins pour une partie. Le tourisme, durable soit-il, peut-il aggraver cet équilibre de sous-emploi ou au contraire apporter l’aide nécessaire pour l’éradiquer ? En effet, le tourisme est recherché par bien des pays (en voie de développement essentiellement) pour les bienfaits qu’il générerait.
Aujourd'hui, les différents acteurs nationaux et internationaux affichent leurs attentes vis-à-vis du tourisme qui devrait non seulement être un secteur d'ouverture des pays et des civilisations mais pourvoyeur du développement humain et social. Si la pauvreté devient un phénomène complexe qui dépasse largement son expression du niveau bas des revenus, sa réduction devient de plus en plus un enjeu civilisationnel. Elle devrait être un thème fédérateur entre plusieurs secteurs et divers acteurs de l'action sociale, surtout qu'elle est un phénomène multidimensionnel lié à différents facteurs socioéconomiques tel que le chômage, les maladies, l’analphabétisme, la mortalité infantile et la dégradation de l’environnement, etc. Le tourisme pourrait-il être alors une opportunité à saisir ? Dans quel contexte? Par quels moyens? Avec quels acteurs ? En s’appuyant sur quelle philosophie? Sur quelle démarche? Avec quelles limites et quels risques ? Ou bien le tourisme n'est au contraire qu'une activité économique "égoïste", capitaliste provoquant l'injustice, la misère, l'altérité, la vulnérabilité sociales ; et de ce fait ne pourrait être qu'un secteur favorisant le développement d'un environnement complexe de pauvreté ?

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