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Photo Line sur la Demilitarized Zone (Corée du Sud)


© Jean-Christophe Gay, 2009.

De 1950 à 1953, la Guerre froide entre l’Est et l’Ouest prit un tour tragique dans la péninsule coréenne, qui devint un champ de batailles entre les troupes nord-coréennes et chinoises, soutenues par les Soviétiques, et les troupes sud-coréennes, étatsuniennes et onusiennes. Après trois ans de combat et plusieurs millions de victimes, ce qui en fait le conflit le plus meurtrier de la seconde moitié du XXe siècle, le 38e parallèle redevint, grosso modo, la ligne de séparation entre les deux Corée, à la suite de l’armistice signé par les belligérants le 27 juillet 1953 à Panmunjom. Une zone démilitarisée de quatre kilomètres de large, appelée DMZ, fut alors tracée entre les deux Etats, de part et d’autre de la Military Demarcation Line (MDL).

Ce dispositif hautement sécurisé, en raison des tensions très vives perdurant entre les deux voisins (les deux Etats sont toujours en guerre puisqu’aucun traité de paix n’a suivi l’armistice), est devenu une attraction de première importance. Il faut dire que Séoul n’est qu’à une soixantaine de kilomètres au sud et qu’il est difficile d’échapper aux publicités pour le « DMZ Tour » ou pour le plus exclusif « Panmunjon Tour ». La touristification repose sur l’aménagement de plusieurs sites proches et parfois angoissants. La visite organisée commence incontestablement par l’impressionnante entrée dans la zone d’accès limité qui borde la partie sud-coréenne de la DMZ : un contrôle strict des passeports par des militaires en tenue de combat qui possèdent la liste de tous les visiteurs, une multitude d’engins de guerre, des grillages, des chicanes ou l’interdiction de prendre des photos du checkpoint font prendre tout de suite conscience que l’on pénètre dans un lieu sous haute tension. Les champs de mines, les clôtures électrifiées, les miradors, les puissants projecteurs, les casernes, les multiples militaires que l’on croise et qui entretiennent les abords des sites touristiques ne font que renforcer ce sentiment. En une demi-journée, le tour de base, facturé 46 000 wons (28 € environ), vous amène au pont de la Liberté, au « Troisième tunnel », au point d’observation de Dora ou à la gare de Dorasan. Chacun de ces lieux, jouxtant la DMZ, est parfaitement aménagé pour accueillir plusieurs centaines de milliers de visiteurs par an, avec vastes aires de stationnement pour les autocars, toilettes impeccables et nombreuses, boutiques de souvenirs, où l’on peut acheter du « Wire Fence from DMZ », et salles d’exposition de qualité.

Après l’exploration, muni d’un casque, d’une galerie souterraine (le « Troisième tunnel »), creusée par les Nord-Coréens pour envahir leur voisin, et avant la visite d’une gare frontière ultramoderne et fantomatique, car inaugurée en 2002 mais n’ayant jamais servi, le point d’observation de Dora permet de contempler cette DMZ et de voir, au loin, quelques localités nord-coréennes. Avec les nombreuses lunettes longue portée équipant le site, on peut mieux apprécier ce panorama inquiétant, mais il n’est pas question, pour de peu crédibles raisons de sécurité, de prendre des clichés au-delà de la « Photo Line », tracée en jaune au sol. De nombreux militaires veillent au strict respect de cette interdiction. Les photographes doivent donc se contenter d’un cliché en retrait du balcon d’observation. La stratégie la plus fréquemment adoptée est alors de lever les bras et de placer son appareil le plus haut possible. Si quelques géants trainent dans le secteur, ils sont vite sollicités, alors que les plus audacieux grimpent sur les épaules d’un partenaire. Peut-être qu’une équipe de basketteurs ou de gymnastes réussiraient à faire quelques clichés moins ratés que le commun des mortels, car, à l’évidence, le premier rideau de lunettes et de curieux réduit singulièrement l’intérêt des photographies, ce qui est l’objectif recherché par les militaires, ordonnateurs du site, qui n’en sont plus à une limite près.

 

Jean-Christophe Gay
Professeur de géographie
Université de Nice-Sophia Antipolis
IRD Nouméa

 

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