
© Rémy Knafou
La
photographie a été prise le 13 octobre 2008, à 14 heures,
place de la Concorde. Au dernier plan, les façades XVIIIe siècle,
qui virent l’exécution de Louis XVI et qui abritent notamment
l’hôtel du Comte de Crillon devenu hôtel pour touristes
fortunés depuis 1907, sont des éléments classiques du
paysage touristique parisien.
Au premier plan, un touriste ne surprend pas davantage, ni par sa nationalité
(plus de 1 million de Japonais visitent Paris chaque année), ni par
sa posture : faire l’âne en public devant un objectif photographique
est un grand classique de la pratique touristique.
En revanche, entre ces deux figures désormais ordinaires du tourisme
parisien, seule la présence du Rafale semble incongrue.
Ce fleuron de la technologie française (produit par Dassault Aviation),
que le Monde nous envie mais n’achète pas (à la fin 2008,
aucune vente à l’étranger, mais le Brésil est intéressé)
était présent à Paris à l’automne dernier
dans le cadre de l’exposition du Groupement des Industries Françaises
Aéronautiques et Spatiales (GIFAS) qui fêtait ses cent ans, en
rassemblant, entre le Rond-Point des Champs-Elysées-Marcel Dassault
et la place de la Concorde, différents aéronefs (du Spad XIII
qui atteignait en 1916 les 215 km/h au Rafale qui vole aujourd’hui à
une vitesse dix fois supérieure), ainsi qu’un bout du lanceur
Ariane.
A l’issue de cette exposition, le GIFAS publia le communiqué
de presse suivant :
« L’industrie aéronautique et spatiale française
a fêté son 100ème anniversaire sur les Champs-Elysées
! Avec plus de 2,5 millions de visiteurs, l'exposition de matériels
a été un grand succès populaire. »
On sait que le comptage des visiteurs dans les espaces publics est problématique
et qu’il autorise l’énoncé de statistiques flatteuses,
généralement hasardeuses, voire sans aucun fondement précis,
d’autant plus facilement que généralement personne ne
les conteste (sauf dans le cas des manifestations donnant lieu à comptages
contradictoires), les médias se contentant de les diffuser sans autre
forme de procès. Ainsi, au terme du premier Festival international
de géographie de Saint-Dié-des-Vosges (1990), le directeur administratif
décida qu’il y avait eu 30 000 visiteurs – sans aucun comptage
mais avec le souci bien intentionné d’affirmer d’emblée
la réussite de l’événement. A une autre échelle,
Lille capitale culturelle de l’Europe en 2004 aurait attiré 9
millions de visiteurs et, mieux encore, annonçait 2 millions de visiteurs
en un seul week-end, pour la braderie des 6 et 7 septembre 2008 ! Inutile
de dire que ces chiffres, parfois repris sans sourciller par des chercheurs,
manquent cruellement de fondement.
Dans le cadre de l’exposition parisienne du GIFAS, les 2,5 millions
de visiteurs du communiqué de presse attirèrent donc l’attention
de l’auteur de ces lignes qui demanda des explications, lesquelles furent
obligeamment fournies par le directeur de la communication du Groupement,
dans un courriel du 23 octobre 2008 :
« Le public a […] pu voir l'exposition complète pendant
dix jours, comprenant deux week-ends.
La durée moyenne de visite de l'ensemble de l’exposition était
d'environ 1h15 à 1h30, dans des créneaux quotidiens allant de
9h00 à 19h00 environ, soit une dizaine d'heures sur une surface de
deux fois 1 km x 10 m, qui correspond aux deux allées entre le Rond-Point
Marcel Dassault et la place de la Concorde, soit 20.000 m2.
Le principe de calcul prend en compte ces éléments pour l'estimation
du nombre de visiteurs.
En heure de pointe pour une seule visite de 1h15 (à multiplier par
9 par jour), on arrive à 30.000 à 40.000 personnes, les week-ends
et mercredi.
Le premier week-end, de source de services officiels, nous avions accueilli
entre 500.000 et 600.000 personnes (et il pleuvait le dimanche 5 octobre !).
Avec le beau temps, le week-end des 11 et 12 octobre a connu une affluence
record de l'ordre du million de personnes.
Vous pouvez ajouter à cela la "Nuit blanche" du 4 au 5 octobre
qui a vu passer un très grand nombre de personnes sur notre exposition,
entre la Concorde, le Grand Palais et le Rond-Point Marcel DASSAULT.
De plus, nous avons accueilli dans notre espace Métiers Formation,
place de la Concorde, 30.000 personnes qui avaient été invitées
par notre organisme.
Nous ne comptons pas les voitures, les bus, les bus de touristes « Open
tour », ni les visiteurs nocturnes, notre exposition étant éclairée
jusqu'à 22h.
Le chiffre final de 2,5 millions de visiteurs que nous avons annoncé
à la fin de notre exposition est le résultat de cette méthode
de calcul (utilisée par les organisateurs d’évènements
publics comme Paris Plage par exemple) et n'a pas été contesté.
»
Cette réponse a le mérite d’énoncer, sinon une
méthode, du moins des éléments de comptage qui éclairent
sur la manière de faire des organisateurs d’événements.
On y verra notamment la confirmation de l’intérêt qu’il
y a à organiser des expositions sur des lieux publics qui sont, avec
ou sans exposition, très fréquentés. Dans ce cas, on
pourrait imaginer de calculer la différence de fréquentation
d’un même lieu, avec ou sans exposition, ce qui permettrait de
mieux différencier les événements qui se contentent de
profiter de la fréquentation habituelle d’espaces publics passants
de ceux qui apportent un surcroît réel de visiteurs.
Dans tous les cas, on pourra conclure à l’utilité de mettre
au point des méthodes sérieuses de comptage des visiteurs dans
les lieux touristiques ouverts.
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Rémy Knafou
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