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Beach spotting à Sint Maarten (Antilles néerlandaises)


© Jean-Christophe Gay

Battus par le vent et la pluie, emmitouflés jusqu’aux oreilles, les premiers spotters, le long des côtes anglaises, surveillaient l’arrivée des bombardiers allemands durant la Seconde Guerre mondiale afin de donner l’alerte. Aujourd’hui, ils sont généralement en bordure des pistes des grands aéroports, contre les grillages, traquant les avions les plus rares pour les capturer dans leurs appareils photos perfectionnés. La Wehrmacht est désormais vaincue et, depuis le 11-Septembre, les services de sécurité les harcèlent. Pourquoi alors ne pas séjourner dans la Caraïbe, à Sint Maarten plus précisément, la partie néerlandaise d’une île partagée avec la France, qui propose, parmi une multitude d’attractions, d’observer au plus près les appareils les plus impressionnants dans des conditions acceptables, au bord d’une eau à 28° C.

Il est 14 h 50, ce mardi 27 février 2007, quand le vol AF 488 se pose sur la piste de l’aéroport Princess Juliana, survolant à une dizaine de mètres d’altitude la plage. Les trains arrière de l’Airbus A 340-313X, immatriculé F-GLMX, sont prêts à amortir l’impact de l’atterrissage pendant que le pilote braque au maximum les volets hypersustentateurs, les passagers au hublot se contentant d’admirer le paysage. Dans quelques minutes, 200 et quelques personnes débarqueront et gagneront les lieux de vacances de cette destination importante des Petites Antilles, fréquentée par près de deux millions de touristes et de croisiéristes chaque année.

Internet a rendu célèbre Maho Beach, par la multiplication des vidéos, sur YouTube notamment, montrant de gros-porteurs caressant le sable, qu’effleure également toute la journée une multitude de petits avions à hélice(s) reliant Sint Maarten aux îles environnantes (Anguilla, Saba, Saint-Barthélemy…). Mais c’est en début d’après-midi que le lieu attire le plus, quand arrivent les moyen et long-courriers en provenance d’Europe ou d’Amérique du Nord. L’attraction principale ce jour-là est bien le quadriréacteur d’Air France, en l’absence des Boeing 747-400 de KLM ou de Corsair, qui desservent plusieurs fois par semaine l’île en haute saison. Les connaisseurs et curieux s’installent au Sunset Beach Bar, qui fait son miel de ce qui pourrait être une nuisance rédhibitoire. Il faut dire que l’établissement orchestre remarquablement les choses, en indiquant sur un surf planté dans le sable les horaires des principaux avions du jour et en diffusant, par des haut-parleurs, les conversations entre la tour de contrôle et le cockpit en phase d’approche. Est-ce parce que les spotters vacanciers sont plutôt des hommes que l’on incite les femmes à fréquenter le bar par un « Topless women drink free » inscrits sous les horaires sur le fameux surf ?

En tout cas, sur la plage, le très européen topless est de rigueur, ce qui, entre deux avions, peut divertir le passionné d’aviation, mais le train-train balnéaire et recréatif s’interrompt quand les projecteurs de l’Airbus, aligné dans l’axe de la piste, annonce le grand moment. Les baigneurs sortent soudain de l’eau et les petits appareils numériques s’apprêtent à faire la plus insolite photographie de vacances. La vitesse de l’avion rend aléatoire la réussite du cliché, mais qu’importe. Dans un vacarme assourdissant l’avion passe sur Maho Beach avant de se poser sur la piste construite par les Etats-Unis pendant la dernière guerre. De l’autre côté de la plage, sur le sable ou à la terrasse du Tortuga Beach Cafe le spectacle est aussi très impressionnant. Finalement, la plus mauvaise place est au milieu de la plage : des panneaux sur le sable vous informent que le souffle des réacteurs, surtout au décollage, dispersent parasols et effets personnels à la mer. Cependant, il y a toujours de jeunes intrépides qui, interrompant leur partie de beach-volley, s’accrochent aux grillages pour ressentir l’haleine brûlante des jets.

Pour les enfants, les amateurs de sensation forte ou les spotters de vacances, Maho Beach est donc un vrai bonheur. Pour les femmes, c’est l’aubaine d’y boire gratuitement. Pour les géomorphologues, les multiples photos et vidéos offrent l’opportunité d’analyser la dynamique de la plage, méconnaissable d’une saison à l’autre, mais nul doute qu’ils apprécient moins l’arrière-plan constitué d’hôtels, de casinos et d’immeubles en time-share, qui fait pourtant aussi l’intérêt du lieu.

A noter qu’Alexandre Magnan dans le n° 85 (2007) de Mappemonde a fait une description de Maho Beach.

 
Jean-Christophe Gay
Professeur de géographie
Université de Nice-Sophia Antipolis
Equipe MIT
http://www.mgm.fr/ARECLUS/page_auteurs/Gay.html
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