Juillet
2007, par une matinée embrumée, un touriste chinois prend la
pose au sommet de la montagne du "chat", un ensemble de 2142 mètres
situé au nord-ouest de la méridionale région autonome
Zhuang du Guangxi. En arrière-plan, la brume a encore du mal à
quitter les sommets voisins et le décor vert foncé reflète
le climat chaud et humide de cette région subtropicale. La température
est pourtant fraîche à cette altitude ce matin là et le
vêtement de pluie du touriste rappelle l’averse tombée
à l’aube. Mais celui qui se fait prendre en photo n’a cependant
pas l’air mécontent et arbore même au contraire un signe
de victoire en prenant la pose. Cette photo rappelle donc que les fondements
de l’esthétique chinoise sont différents de ceux de la
civilisation occidentale : la culture chinoise, culture paysagère par
excellence, considère comme plus beaux les "paysages", formés
de "montagne" et "d’eau" sous toutes ses formes
– rivière, brume, ruisseau, etc. (Berque, 1995) Le paysage en
arrière-plan fait donc le bonheur du touriste venu ici passer une nuit
dans cette montagne afin d’admirer le lendemain à l’aube
le lever du soleil sur les nuages.
Comme nous le montre l’homme sur cette photo, cette forme de tourisme
n’est pas réservée à de jeunes Chinois en manque
d’aventure. Nombreuses sont en effet les familles (couple avec un enfant),
les amis de tous âges, hommes comme femmes, qui se retrouvent au sommet
de cette montagne distante de plus de deux heures de la plus grande ville,
Guilin. Principale ville touristique de la région du Guangxi, aux sites
connus dans toute la Chine, Guilin n’offre pourtant au touriste désirant
se rendre à la montagne du chat qu’une ligne - non directe -
de vieux bus. Ce n’est là encore pas un frein au tourisme car
les visiteurs viennent ici la plupart du temps avec leur voiture personnelle,
ou ils louent des minibus avec chauffeur pour les emmener au sommet le temps
d’un week-end. Le village reculé d’environ 1000 habitants
situé à mi chemin du sommet a ainsi depuis quelques années
été transformé par l’arrivée du tourisme
national : 10 hôtels au moins (d’autres sont en construction)
sont implantés dans ou à proximité du village, ce qui
représente plus de 500 chambres pour 2 à 4 personnes. C’est-à-dire
que la population de ce village peut doubler pendant les semaines de vacances
pour les salariés (mai et octobre), mais aussi pendant les vacances
d’été avec les étudiants. Sans aussi compter les
trois hôtels qui se trouvent en haut de la montagne…
Le touriste sur la photo nous montre enfin qu’un tourisme local est
en train de se diffuser en Chine, même autour de villes moyennes ou
petites (Guilin est une « petite » ville en Chine avec presque
700 000 habitants). Les autres villes de la région du Guangxi connaissent
également ce phénomène qui par certains aspects rappelle
l’époque du Tourisng club en France. Des séjours sont
maintenant organisés par des boutiques de sport ou bien par le biais
d’Internet au départ des principales villes de la région.
Les touristes, qui ne se connaissent pourtant pas avant le départ,
partent alors ensemble à plusieurs voitures pour des circuits allant
d’un week-end à quelques jours.
Benjamin Taunay
Doctorant sous la direction d’Isabelle
Sacareau et Patrice Cosaert à l’Université de la Rochelle,
UMR 6250 (LIENSs).
ATER au département ESTHUA de l’Université d’Angers.
Thèse intitulée : "Le tourisme national chinois, une approche
géographique. Exemples à Guilin et Beihai". benjamin.taunay@gmail.com

