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20 août 2008, Saint-Tropez

On a tout dit, ou presque, sur Saint-Tropez, commune mondialement connue, qui alimente les chroniques mondaines depuis plus d’un siècle et qui survit très bien à la disparition de ceux dont la gloire, plus ou moins durable, fut liée à la sienne.

Saint-Tropez est un de ces lieux qui illustrent puissamment ce qu’est le tourisme et sa force tout à la fois agglomérante et transformatrice : un modeste port de pêche entouré de bois et de vignes devenu un lieu qui, en été, vit 24 heures sur 24, et s’étourdit lui-même de sa capacité à braver les normes encore en usage, désormais sur un plan surtout économique, les autres types de transgression n’étant pas spécifiquement tropéziens (même pas la consommation de l’indigeste tarte locale).

Le lieu compte officiellement 5 635 habitants, mais sa population quadruple au plus fort de l’été et accueille des pointes de 100 000 badauds/jour, venus - non sans peine, car il faut braver ses embouteillages désormais aussi célèbres que ses vedettes du showbiz -, pour visiter un port transformé en site d’exposition de yachts tassés les uns contre les autres, et faire la fortune des glaciers. La clientèle de ceux qui séjournent est composée à 50% de Français (parmi lesquels 70% de Parisiens) et à 50% d’étrangers (Britanniques, belges et Scandinaves en tête, mais aussi Russes, Ukrainiens ou Kazakhs y sont de plus en plus nombreux).

Comme tous les grands lieux touristiques, Saint-Tropez est un lieu complexe, qui juxtapose sur de très courtes distances des catégories sociales étonnamment diversifiées : vrais riches, faux riches, moins riches, résidents des campings voisins, etc., sont au coude à coude.
Les yachts visibles sur la photographie appartiennent déjà à la catégorie des « super yachts », de près de 50 m (respectivement 48 et 49m, de gauche à droite), d’une valeur à neuf de 12 à 15 millions d’euros et pourvus de pavillons de complaisance (la Jamaïque pour le premier, les îles Caïman pour le second).

Avec déjà un peu plus de dix ans d’ancienneté, ils sont passés par des propriétaires successifs ainsi que par l’indispensable « relooking », destiné à changer leur décor qui lasse rapidement et à se pourvoir des derniers perfectionnements techniques : comme, par exemple, sur l’Azzurra II, un système d’accès à Internet partout dans le Monde, pour lequel l’abonnement est de 2 000 dollars par mois.
Aujourd’hui, ces yachts se louent à la semaine, à des tarifs variant de 150 à 210 000 euros: pour ce prix on dispose de 5 cabines pour l’Azzurra et de 6 pour le Te Manu (soit 12 personnes, servies par un équipage de 11 personnes). Les sorties en mer ne sont généralement pas quotidiennes et, le plus souvent, à court rayon d’action : l’excursion classique mène rituellement à Pampelonne (départ vers 11h pour la plage où l’on déjeune à prix d’or, retour vers 18h/19h, sous l’objectif des photographes embarqués à bord des hélicoptères quasiment accrochés au yacht comme le poisson-pilote suit le requin); soit une vingtaine de km pour l’aller et le retour et une dépense en carburant pouvant monter à 2 000 euros pour certains navires.

La Ferrari F 430 spider, infiniment moins commune que la Ferrari non décapotable, est un engin adapté à la desserte estivale de ces navires. Celle-ci est immatriculée en Italie. Il n’est pas rare que ce type de voiture soit transporté en semi-remorque et livré sur place, pour de très courts trajets mieux adaptés aux 490 chevaux permettant d’atteindre le 100km/heure en 4,2 secondes.
Derrière la Ferrari, le scooter est désormais l’un des symboles du lieu. Il est utilisé par presque toutes les catégories sociales et toutes les classes d’âges, par tous ceux qui ne veulent pas perdre une heure pour accéder au centre pour finalement ne pas pouvoir à s’y garer, tandis que dans le ciel le ballet des hélicoptères permet aux plus fortunés de s’affranchir des bouchons routiers, entre deux passages des Canadair venant écoper à quelques encablures des yachts trop grands pour entrer dans le port.

Saint-Tropez dont le blason, selon Victor Adolphe Malte-Brun, dans la « France illustrée » (1884), représente le saint, vêtu d'une pèlerine d’or, tenant une épée d'argent, sur une terrasse également d’or...

© Rémy Knafou
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Rémy Knafou
Professeur émérite, université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne
Directeur de l’équipe MIT (Mobilités, Itinéraires, Tourismes), université Paris 7 – Denis Diderot
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