
© Benjamin Taunay, 1er novembre 2010.
Mao
Zedong, le dirigeant historique du 20ème siècle en Chine, celui
qui a proclamé la République populaire en 1949 depuis la porte
Tiananmen, est décédé le 9 septembre 1976. Près
de 35 ans plus tard, son mausolée trône toujours sur la place
qui a pourtant connu la répression mondialement connue de juin 1989,
où plusieurs milliers d’étudiants trouvèrent la
mort sous les balles des militaires venus les déloger. Comme le montre
cette photo, prise à l’arrière du monument, la surveillance
militaire reste d’ailleurs omniprésente devant ce symbole du
communisme chinois.
Les restes du corps embaumé du Grand Timonier sont, à l’instar
de Lénine à Moscou ou Hô Chi Minh à Hanoï,
exposés au public de 8h30 à 11h30, du mardi au vendredi. Chaque
jour d’ouverture, l’image reste la même, celle de files
de plusieurs centaines de mètres devant l’entrée du mausolée.
Les visiteurs peuvent attendre jusqu’à une heure avant d’avoir
la possibilité de pénétrer gratuitement et sans sac à
l'intérieur du monument. Ceux qui auront attendus, alignés sur
deux files et surveillés de près par un imposant dispositif
policier, ne pourront toutefois faire aucun arrêt devant le corps de
Mao, pas plus qu'ils ne pourront prendre de photographies. En effet, tout
cliché est interdit, pour éviter de constater précisément
l’état de conservation des restes du dirigeant chinois. Notons
que certains doutent que le corps présenté dans le sarcophage
soit celui du Grand Timonier.
La visite du mausolée permet de se rendre compte de la ferveur nationale en faveur de celui qui, pourtant, par ses choix économiques, politiques et idéologiques, condamna plusieurs dizaines de millions de Chinois à la famine à la fin des années 1950, et envoya la population instruite (environ 20 millions d’individus) à la campagne pendant la Révolution culturelle. Les visiteurs, en faisant la queue, peuvent acheter des dépliants expliquant les différentes parties du mausolée et la vie de Mao. Ils peuvent surtout acheter des offrandes, en particulier des fleurs que beaucoup viennent religieusement déposer devant la monumentale statue du dirigeant, dans le premier hall du mausolée. Les militaires organisent d’ailleurs un temps de recueillement devant cette impressionnante statue, comme si Mao Zedong était une sorte de divinité, à l’image de celles se trouvant à l’entrée des temples Bouddhistes dans le pays. Passées ces quelques minutes, on pénètre dans la salle suivante, via deux étroits couloirs (qui permettent à la sécurité de mieux contrôler les flux de visiteurs), où le corps de Mao est exposé derrière une vitre pare-balles dans un cercueil de verre. Là, les pleurs de nombreux visiteurs sont visibles, leurs sanglots très audibles, lorsqu’ils admirent le corps du dirigeant, enveloppé dans un drapeau rouge marqué d’une croix et d’une faucille de couleur or. Il est d’ailleurs intéressant de souligner que ce ne sont pas les plus âgés qui semblent pleurer, mais bien les plus jeunes, ceux qui n’ont pas connu les heures sombres du maoïsme.
Une fois passée la salle mortuaire, une vaste boutique de souvenirs attend les visiteurs à la sortie du bâtiment, notamment des souvenirs à l'effigie de l'ancien dirigeant (bustes, assiettes, montres, tasses, photos, etc.). C’est dire si le temple dédié à Mao est aujourd’hui devenu un lieu touristique, une « attraction » en plein cœur de Pékin, utilisé par l’administration centrale pour faire perdurer le culte voué au grand Timonier. Un culte qui se pratique de plus en plus en famille, et qui sera célébré par une photo souvenir après la visite. D’une certaine manière, le tourisme intérieur chinois est un vecteur de construction nationale.

© Yifang Liu Taunay, 1er novembre 2010.
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Benjamin Taunay |
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