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Enseignement du tourisme dans le Monde

Publié en 2005, l’ouvrage dirigé par David Airey et John Tribe1 : "An international handbook of tourism education", affiche d’emblée ses intentions, celles de se positionner comme un manuel sur les formations en tourisme dans le Monde. Pour ce faire, les auteurs ont choisi d’organiser leurs propos en 4 parties.
La première partie intitulée "Curriculum" (p.47-107), clairement teintée d’éducation comparée, rappelle que l’analyse des formations en tourisme d’un pays doit tenir compte du fait que le contenu de toute formation est une résultante du contexte dans lequel il a été conçu. La deuxième partie de l’ouvrage s’intitule "International perspective"
2 (p.111-282) et offre une vue des formations en tourisme à l’échelle de pays et de grandes régions du Monde. Elle est le fait d’enseignants-chercheurs, d’enseignants en école de tourisme, tous originaires des différentes aires géographiques étudiées. La troisième partie "Teaching, learning and assessment"3 (p. 285-407) présente, quant à elle, des théories relatives aux méthodes d’enseignement du tourisme. Enfin, la dernière partie : "Resources, progression and quality"4 (p. 411-480) relate certaines pratiques et tendances dans le tourisme (en tant que domaine d’étude et de recherches).

De la lecture de cet ouvrage, on retiendra que :

- de manière générale, les formations en tourisme ont vu le jour dans les années 1960-1970 et qu’elles sont à la fois de niveau pré-universitaire et universitaire (cf tableau).


Hugues Séraphin, 2011. d'après Airey D. & Tribe J., An international handbook of tourism education.


- qu’au début des années 1960, le nombre de formations spécialisées en tourisme s’avérait très limité ; dans certains cas, la matière figurait seulement comme une option dans des cursus de géographie ou de l’hôtellerie-restauration. Le "boom" de ces formations date des années 1980 que ce soit en termes d’établissements ou en nombre d’étudiants.

- qu’il n’y a aucun consensus en ce qui concerne le département de rattachement du tourisme à l’université ainsi qu’au niveau du contenu des formations. Le même constat de diversité peut être dressé au niveau des origines pédagogiques des enseignants-chercheurs. Même si celle-ci constitue un élément positif en termes de recherches, elle contribue également, d’une certaine manière, à l’absence de règles, d’ordre, de conformité en matière d’enseignement du tourisme.

Au chapitre des pays étudiés, on retrouve la Chine, ce qui se justifie pleinement compte tenu de ses performances sur le marché mondial. On y apprend notamment que les premières formations en tourisme ont commencé dès 1978 avec l’ouverture d’un collège professionnel (Nanjing Tourism School). Cette première création a été suivie, en 1979, de celle d’une structure d’enseignements supérieurs : le Shanghai Institute of Tourism. Depuis cette date, le nombre d’établissements offrant des formations en tourisme n’a cessé de croître. Il est passé de 215 en 1990 à 1207 en 2003 (China National Tourism Administration, 2003).

En dépit de la qualité de cet ouvrage, quelques regrets peuvent être exprimés.

Tout d’abord, il est à noter que s’ils voulaient ancrer l’ouvrage dans le domaine de l’éducation comparée ou pédagogie comparée (Debesse, Mialaret, 1972), les auteurs n’ont à aucun moment tenté d’identifier des points communs, des différences entre les systèmes afin d’en tirer des conclusions, ce qui est dommage particulièrement quand on sait que l’analyse d’un élément commun placé dans deux contextes différents apporte des informations plus intéressantes que celles qu’apporterait l’analyse de ce même élément dans un seul contexte (Groux, 1997, 29 p.). Plus important encore, si les mêmes effets se produisent, on peut alors déduire des principes certains, des règles déterminées (Jullien, 1962) et en inférer des lois (Lê Thânh Khôi, 1981, 1995). Une analyse comparée poussée à son terme aurait pu permettre de dégager un début de réponse concernant la nature du tourisme ou, au moins, les réponses apportées à cette question à travers ces différentes formations.

Airey et Tribe apportent des éléments caractéristiques du tourisme sans pour autant le définir. Eviter de définir le tourisme semble être plus une règle qu’une exception comme le confirme Marc Boyer : "Pour qui veut écrire sur le tourisme, le plus difficile est de le définir. Il n’est donc pas surprenant que la très grande majorité des ouvrages qui traitent du tourisme néglige de le faire, même lorsque le mot figure dans le titre" (Boyer, 2000, p.8).

Par ailleurs, en partant du principe que la France est la première destination mondiale en terme de réception de touristes et que son leadership s’érode face à une concurrence croissante et de plus en plus professionnelle (Descamps, 2008, 40 p. ; Botti, 2010, p.76), dont celle de la Chine, on s’attendait à la trouver parmi les pays analysés dans l’ouvrage et ce, d’autant plus que la France peut mettre en avant une antériorité de ses formations en tourisme (le CEST, Centre d' Études Supérieures du Tourisme de la Sorbonne, a été créé en 1961 ; en 1989, il est devenu "l'Institut de Recherche et d'Études Supérieures du Tourisme", IREST).
En dernier et non des moindres, les auteurs n’ont à aucun moment justifié le choix des pays retenus pour l’analyse. Etait-ce un choix arbitraire ? Un choix fondé sur des recherches scientifiques en amont ?
Ces réserves secondaires n’empêchent pas de trouver de l’intérêt à ce livre. Tout lecteur intéressé par l’éducation en tourisme trouvera en cet ouvrage une source centrale d’informations du fait de la qualité et de la précision de l’information rassemblée sur chaque système éducatif en matière de formations en tourisme.

Notes

1 Enseignants en tourisme à l'University of Surrey (Angleterre)
2 Perspective internationale
3 Enseignement, apprentissage et évaluation
4 Ressources, progression et qualité

Bibliographie

Botti L., 2009,
Pour une gestion de la touristicité des territoires : Stratégie collective et management de l’attractivité. Thèse soutenue publiquement a l’université de Montpellier 1, le 23 Novembre 2009, 318 p.

Debesse. M., Mialaret. G., 1972,
Pédagogie comparée. Traite des sciences pédagogiques. Paris, Presses Universitaires de France, 444 p.

Descamps. J.-J., 2008,
La création d’un pôle d’excellence autour de la formation, la recherche et l’innovation dans le tourisme, Rapport remis à Luc Châtel, 40 p.

Groux D., 1997, L’éducation comparée : Approches actuelles et perspectives de développement,
Revue française de pédagogie, n°121 , pp.111-139.

Jullien M.-A., 1962,
Esquisse d’un ouvrage sur l’éducation comparée et séries de questions sur l’éducation, Genève, Bureau international de l’éducation, réimpression de l’édition de 1817.

Lê Thânh Khôi, 1981,
L’éducation comparée, Paris, Armand Colin, Collection U, 318 p.

Lê Thânh Khôi, 1995,
Education et civilisations. Sociétés d’hier, Paris, Nathan, 704 p.


David Airey et John Tribe (dir.), 2005, An international handbook of tourism education, Elsevier, 538 p.

Auteur du compte rendu : Hugues Séraphin - Université de Perpignan - Via Domitia / Kingston College

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