

Bernard Andrieu, « professeur d’épistémologie du corps et des pratiques corporelles » à Nancy, et Pascal Ory, professeur d’histoire contemporaine à Paris-I, adoptent des démarches fort différentes, rendant ces deux livres très complémentaires et très instructifs, sans pour autant épuiser le sujet. Le premier fait le tour de la relation homme-soleil, évoquant pêle-mêle la lampe solaire, les cancers, le parasol, les aliments solaires, les lunettes de soleil, les crèmes auto-bronzantes… Le chapitre sur le thérapeutique est particulièrement étoffé. Il est servi par une illustration de qualité mais qui confond nudité et bronzage : il y a en effet de nombreuses photographies en noir et blanc datant du milieu du siècle dernier présentant de jeunes et belles femmes nues ! Si de beaux seins sont commercialement préférables à un mélanome, on ressent un certain décalage entre le discours et l’illustration, par ailleurs pas commentée. Le second, en dédiant son livre à Alain Corbin, historien, et à Coco Chanel, artiste, circonscrit assez précisément son champ d’étude : celui d’une histoire culturelle dans laquelle on cherche à comprendre un changement social à travers les évolutions de la mode, du rapport au corps et de l’émancipation des femmes. Pascal Ory cherche à cerner le moment de basculement, quand le bronzage devient une mode. Pour y parvenir, il a dépouillé des périodiques féminins, tels que Elle, fondé en 1945, et, pour l’entre-deux-guerres, l’édition française du magazine étatsunien Vogue, le Petit Echo de la Mode et l’hebdomadaire Marie-Claire dont le premier numéro sort en 1937.
Si ces deux livres nous apportent
beaucoup d’informations et abondent en réflexions pertinentes,
ils nous ont laissé cependant sur notre faim concernant l’origine
du bronzage occidental et sa diffusion spatiale. A les lire, il s’agit
d’une question française, d’ailleurs Pascal Ory, dès
les premières pages, désamorce cette critique en indiquant que
son intérêt pour la France n’est pas que pragmatique et
qu’ « il [lui] semble bien qu’une partie décisive
de cette affaire se soit déroulée ici et non ailleurs »
(p. 15), mais il admet qu’il y a encore beaucoup de travail à
faire sur la question. Nous en sommes convaincu, spécialement à
partir d’une note anodine dans l’ouvrage de Bernard Andrieu (p.
85) qui nous informe que le bronzage était déjà à
la mode aux Etats-Unis en 1908. Le bronzage est-il donc si français
que ces deux auteurs ont eu tendance à nous le laisser croire ? Quid
de son apparition auprès des populations occidentales ? L’Amérique
du Nord ne serait-elle pas le vrai foyer d’innovation dans ce domaine,
preuve de son autonomisation culturelle précoce vis-à-vis de
la vieille Europe ? On attend la suite, mais les géographes semblent
plus avancés sur la question, comme le révèle l’ouvrage
Tourismes 2. Moments de lieux (2005) de l’Equipe MIT, où il est
démontré le rôle d’Hawaii et de la Floride (p. 122
sqq.).